Le PS a-t-il la gangrène ? Pas plus que la droite…

  Le chevalier blanc  a encore frappé… 🙂 

   « Qu’ils s’en aillent tous »… Le titre de l’opuscule (à prix très modique) à succès de Jean-Luc Mélenchon a souvent été assimilé (à tort, il suffit d’aller le lire) à un brûlot de populisme insoutenable, au caractère supposé de proximité idéologique (trop) facilement évident pour des libéraux qui s’en gargarisent avec le message du « tous pourris » et autres « UMPS » véhiculés sournoisement par le Front National ¹…

 Bien que cela puisse affectivement  nous atteindre, étant pour la plupart  (il y a des brebis galeuses partout. Ainsi, Gérin, récemment…) profondément humanistes et anti-racistes, au Front de Gauche,  la ficelle est trop grosse pour ne pas avoir été  repérée, et détricotée comme il se doit par des gens ingénieux et utiles à la cause.

 Pourtant, malgré ce soupçon de populisme assez désagréable qui pousse à l’amalgame,  il se trouve que Mélenchon, sur un certain point qui va être développé ici (dans les limites imparties par le genre « billet de blog »),  a tristement raison… Népotisme, trop grande proximité des politiques avec les milieux d’affaires, les financiers, les banquiers et les médias, conflits d’intérêts jamais résolus malgré des propsoitions de lois toujours éduclcorées jusqu’à ne plus rien signifier, personnalités de tous bords qui ne rechignent pas souvent à jouer les cumulards malgré leurs sempiternelles jolies déclarations la main sur le cœur quant à la régulation du cumul des mandats ²…  La coupe est pleine, n’en jetez plus.

 Tous ces phénomènes à dimension oligarchique et cette absence de déontologie politique à droite comme à gauche (et à égalité, il faut le souligner, malgré mon esprit partisan)gangrènent la vie politique française.  Ils constituenten effet  autant d’entorses à une démocratie déjà bien malade,  sous les effets actuels d’un capitalisme carnassier, qui conduit les instances européennes à se passer de notre consentement, même éclairé (comme l’a assez montré l’épisode du traité de Maastricht),  pour imposer leur seule vision du monde et des affaires publiques comme elles doivent être, conformément à leur doctrine et à leur petit catéchisme ultra-libéral.

  Je comprends donc (mais n’excuse pas) que tous ces phénomènes conjoints puissent donner l’apparence actuellement de pousser la majorité silencieuse dans les bras de l’extrême droite, laquelle ne peut que s’en réjouir comme elle l’a toujours fait avec jubilation, puisque il s’agit de son fond de commerce depuis bien longtemps déjà. Et, je tiens à le préciser pour les éventuels lecteurs libéraux et autres anti-mélenchonnistes primaires peu attentifs à ma production, bien avant que Mélenchon soit si visible… à gauche, vraiment.

 L’épisode Guérini doit à mon humble avis se jauger à l’aune de ce contexte spécifique, et bien mal avisé ou de bien mauvaise foi serait celui (ou celle) qui s’aventurerait à jeter la pierre au seul PS (et par la même occasion, tiens, pourquoi pas, c’est facile aussi, à toute la gauche, par un amalgame éhonté). Ce serait en effet s’acquitter à bon compte d’un gâchis collectif, dans lequel chacun à sa (même petite) part. Ne serait-ce que celle de n’avoir pas su, pas pu, ou pas voulu dénoncer les petits scandales quotidiens et réguliers que nous subissons tous, ne serait-ce que sur notre lieu de travail, qui ajoutés à d’autres plus criants encore, comme ces restes de féodalités locales et autres systèmes  clientélistes, contribuent à ce fleuve qui aujourd’hui est en train de risquer de tous nous submerger… C’est le sens et l’esprit ( et non le texte si facilement répudié par les  bonnes consciences littéraires des milieux réacs) qu’il nous faut retenir du livre de Stéphane Hessel : « indignez-vous ! ». Il a trop clairement raison, au point que notre lucidité puisse en souffrir. Mais « la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil » écrivait mon cher René. Ça tombe bien, il fait un peu sombre, triste et sale, en ce moment… 

  Nota bene : malgré ce que je viens d’écrire, qui concerne tout un chacun et plus particulièrement les politiques qui ont pouvoir de décision et de changement sur cet état de faits, je ne peux m’empêcher d’en vouloir au Parti Socialiste. Ou plutôt, à ses têtes pensantes, s’il y en a encore, dans la vacuité idéologique actuelle. En effet, face à cette succession d’affaires dans un échelon de temps assez court en vérité, à droite (notamment au sein même du gouvernement : affaires Woerth/Bettancourt, M.A.M., Karachi (dans laquelle sont mouillés un sacré paquet de personnalités, dont Sarkozy, Balladur, Longuet etc…), ) comme à gauche (Frêche, DSK, Guérini, Navarro, Buchet, Sève, et ce candidat aux primaires socialistesqui ne sait plus où il en est…  Baylet), l’état-major du PS avait pour obligation morale de balayer devant sa porte et d’assainir sa situation pour se mettre en condition  de l’emporter plus aisément sur ses adversaires politiques aux prochaines présidentielles…

 Aujourd’hui, cela risque d’être plus difficile, et je ne comprends vraiment  pas que Martine Aubry n’ait pas fait le ménage dans les Bouches du Rhône (avant qu’il ne soit déjà trop tard), comme Montebourg, ce logiciel de nettoyage gratuit,  lui en avait donné l’occasion, en lui apportant le dossier sur un plateau. Un dossier qu’elle a préféré ignorer, et retourner à l’envoyeur… Une erreur stratégique fondamentale qu’elle paiera forcément cash aujourd’hui et dans les mois qui viennent.  Mais peut-être est-il vrai, comme mon petit doigt me le suggère, que cette histoire de baronnie locale ne date pas d’hier, et qu’Hollande avant elle aurait pu pareillement s’en charger… Comme beaucoup d’autres face à la force de certaines fédérations qui amènent tant et plus  d’adhérents,  il a choisi la méthode « courage, fuyons » !

 Mais le problème, c’est que pour n’avoir pas voulu, pu, ou su crever ce genre d’abcès,  l’ensemble de la gauche risque bien d’en faire les frais, et de perdre la bataille de l’opinion générale, quel que soit le candidat ou la candidate retenue à l’issue des primaires socialistes.

 Alors, z’avez foutu quoi, les socialos, bordel de M… Le fait  est qu’on est pas mal dedans, à présent, grâce à ce genre de compromissions.

 Un autre monde est possible.

 

 

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Le chevalier blanc – Gérard Lanvin – 1977 par Les-Acteurs

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 ¹ sigle idiot que contribuent d’ailleurs à propager des têtes  brûlées sans cervelle (et sans culture politique) dans mon camp aussi. Gaffe, les gars (ou les filles, on s’en fout)! Les mots ont un sens. Et une histoire… Il n’est pas vrai que PS et UMP se valent. Car souvenez-vous : si nous ne savions pas autrefois, et notamment avant 2007, ce qu’était la gauche, nous savons à présent bien trop douloureusement ce qu’est la droite : dure ! )

 ² sujet rebattu depuis au moins trente ans sans aucune solution concrète… alors qu’il y en a de très faciles à mettre en œuvre !

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5 réflexions sur “Le PS a-t-il la gangrène ? Pas plus que la droite…

  1. @corto: là où ton analyse devient courte, c’est que ce genre de phénomènes ne se limite pas à la gauche, mon cher Corto… Le pourrissement est général : que tous les pourris s’en aillent. Tous. Jusqu’au dernier. A gauche comme à droite ! Et ça tombe bien, j’ai une âme de Robespierre, moi, en ce moment… faut pas me chercher.

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  2. Jeudi 8 septembre 2011 :

    Affreux à dire.

    La question ne se pose pas encore en France mais, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, on la trouve sous la plume d’éditorialistes vedettes de la presse conservatrice et libérale. Il y a deux mois, avant de les lire, je l’ai posée lors d’une rencontre avec des banquiers internationaux : et si nous, les conservateurs libéraux, nous nous étions trompés ?

    Et si ce à quoi nous avons cru, l’économie de marché, n’avait jamais été qu’un moyen pour le plus petit nombre de faire travailler le plus grand pour acquérir le maximum de capital et donc de liberté ?

    C’était au moment où il devenait clair que la crise grecque serait épongée non par les banques mais par l’argent public ; que le Congrès américain, après avoir ruiné l’essentiel de l’amendement Dodd-Frank, laisserait le système financier prêt à recommencer ; que Barack Obama allait passer un compromis qui réduirait les dépenses mais n’augmenterait pas les impôts ; et que la mondialisation consisterait plus que jamais à récupérer les bénéfices mondiaux en replaçant les pertes chez les contribuables.

    On a de plus en plus le sentiment que les gouvernements défendent des intérêts au lieu de répondre à la crise, ou encore répondent à la crise en défendant des intérêts. Et cela quelle que soit leur couleur politique. Aussi, la seule chose qui reste à se demander est la part d’autonomie dont ils jouissent ; à vrai dire elle consiste à mettre en scène des décisions qui donnent l’impression que les dirigeants politiques les ont ap­prises cinq minutes avant de s’y convertir. Tout se passe comme si une force supérieure leur disait : “Voilà comment seront les choses, à vous de vous débrouiller pour que les gens s’en accommodent ; ces détails ne sont pas notre affaire, faites votre métier et, si vous n’y par­venez pas, d’autres dirigeants vous remplaceront.”

    C’est affreux à dire, mais il est possible que nous ayons été aveuglés par la sottise, l’archaïsme et l’utopie de la gauche depuis trente ans, et que la ritournelle de ses vieilles recettes nous ait empêchés de voir qu’elle avait raison sur le fond : le système destiné à faire progresser le plus grand nombre a été récupéré de façon à enrichir sans limites le plus petit.

    On a commencé de s’en rendre compte en France quand le scandale des rémunérations est devenu patent et qu’il est apparu que le but du jeu était devenu de multiplier les revenus exonérés d’un côté en finançant par l’emprunt et les subventions la consommation de l’autre. On le vérifie aujourd’hui quand le sauvetage de la Grèce n’est pas le sauvetage de la Grèce incapable d’atteindre les objectifs qu’on lui as­signe mais celui des banques imprudemment et par appât du gain compromises dans sa faillite. Dans moins de deux mois, le nouveau président de la Banque cen­trale européenne prendra ses fonctions et, quelles que soient ses qualités indiscutables, je doute qu’il adopte une attitude plus sévère à leur égard : il s’agit de Mario Draghi, un ex de Goldman Sachs, précisément la banque qui a aidé les Grecs à maquiller leurs comptes pour entrer dans l’euro.

    Oui, c’est assez terrible pour un libéral d’admettre que la gauche avait « peut-être raison » même si c’est en dépit de la gauche et de ses solutions éternellement inappropriées. Surtout à un moment où elle frappe de nouveau à la porte du pouvoir et semble en passe de l’emporter. La voilà qui se représente avec sa confiance inébranlable dans l’État. La seule consolation, c’est qu’elle est aujourd’hui à peu près aussi révolutionnaire que la droite mais, si on se rappelle que la droite nous a menti pendant vingt-cinq ans avec son maniement du libéralisme, la seule perspective est que la gauche nous mentira tout autant avec son futur faux dirigisme, et c’est une assez maigre satisfaction.

    J’ai écrit « peut-être raison » parce qu’il reste une chance, très mince, pour que le nouveau conservatisme, celui du partage consenti du monde entre les riches et tous les autres, ne soit, malgré les scandales qu’il pro­voque, pas sauvé par le conservatisme de la gauche si elle gagne, ou le contentement de soi qu’éprouvera la droite si elle réussit à rester au pouvoir. Cette seule chance consisterait à reconnaître que nous nous sommes trompés et qu’il faudrait essayer autre chose. Je doute qu’elle survive à une présidentielle.

    Stéphane Denis, journaliste, écrivain.

    http://www.valeursactuelles.com/parlons-vrai/parlons-vrai/affreux-%C3%A0-dire20110908.html

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