Le tram de la honte, symbole d’une époque puante

  Hier, un cadre de la RATP a jugé utile de mettre à disposition de la police une rame entière du tramway T1 entre Bobigny et St Denis pour y parquer une centaine de roms provenant d’un camp de Saint Denis, en séparant des enfants de leurs parents… Il n’aurait pas été bon, n’est-ce pas, que ces gens là prennent les transports en commun avec d’autres voyageurs plus respectables…

 Bien sûr, cela est indigne. Mais notre indignation ne suffit pas. Car cet acte porte une marque caractéristique : celle de la ségrégation. Or, il se trouve qu’elle est constitutive d’un délit. La loi doit donc être respectée, et le cadre sanctionné, de même que sa hiérarchie. Comment imaginer en effet qu’un tel acte de barbarie moderne puisse avoir eu lieu sans l’accord de ses supérieurs ? Quand bien même ceux-ci diraient le contraire, ce que dément la Préfecture de police, parlant d’une initiative de la RATP… Pas d’états d’âme donc à avoir là-dessus.

Si nous n’agissons pas, collectivement, le parallèle de certains syndicats qui note une dérive relevant des heures les plus sombres de notre histoire, pendant laquelle la régie se faisait complice des convois de déportés vers Drancy, ne pourra que se révéler, hélas, pertinent… N’en déplaise aux nombreux réacs qui ne manqueront pas de le contester, préférant la thèse du fait divers involontaire… Ou arguant de raisons de sécurité supérieures. Bien sûr. Le contraire aurait été étonnant.¹

 Pourtant, comment ne pas y voir la conséquence d’un certain discours idéologique en provenance directe des plus hautes sphères de l’état français ? Ce genre d’initiatives aurait-il été possible avant le discours de Grenoble, et la décision de démanteler tous les camps de France sans se préoccuper davantage du sort des êtres humains qui y viv(ai)ent ? Les forces de police en cause dans cet événement ne pouvaient donc que se sentir autorisées à ce genre de dérives autoritaires symboliques si choquantes.

 Si l’on ajoute à ce sombre tableau la trace d’un pinceau dégoulinant de peinture noire et grasse qui nous ferait deviner à travers la pénombre ainsi créée une violation du secret des sources et plusieurs tentatives d’intimidation dans le cadre de l’affaire Bettancourt, le tableau est complet. Que Guéant préfère atténuer la responsabilité des services de l’Etat en parlant de repérage plutôt que d’écoutes téléphoniques est un doux euphémisme qui ne nous rassure pas vraiment sur l’évolution de notre (autrefois) démocratie.

 Et tant qu’à faire, remettons en une couche avec cette charge héroïque des hussards bruns de la droite dite populaire… ou pas. Ces obscurantistesqui, avec la bénédiction du chanoine Copé, tentent de remettre au goût du jour l’usage de la censure dans une histoire qui relève pourtant tout simplement de l’instruction civique et de l’évolution des connaissances. Ces 80 députés en question voudraient-ils donc voir remises en cause les dernières données de la science autour de la théorie du genre et son influence sur la formation de l’identité sexuelle ? Ou bien celle-ci (qui effectivement peut toujours donner lieu à débat philosophique) a-t-elle bon dos et ce qu’ils ne digèrent pas ne serait-il pas plutôt, tout simplement, que des lycéens (rappelons quand même que ce ne sont pas des enfants !) aient accès à une information sur les différentes formes de sexualité ? Rappelons, c’est utile, qu’un grand nombre de ses nouveaux croisés, dont Vanneste, assisté en cela par Mme Barrège et sa blondeur, se sont illustrés par de brillants faits d’arme teintés de l’obsession de l’homosexualité comme maladie à éradiquer… Chatel a encore bien du travail au sein de son propre gouvernement pour joindre la parole aux actes, lui qui voudrait voir revenir la morale à l’école… Certainement pour créer un voile médiatique plus pudique sur les suppressions de classes et de postes, le désastre de la réforme du statut de l’enseignant et sa nouvelle absence de formation préalable, ainsi que le classement des universités françaises (dont la première arrive au… 40 ème rang seulement) du classement de Shangaï

 Et nous n’évoquerons même pas là cette chasse aux étrangers dont Guéant se fait le défenseur sans peur et sans reproches… en s’en gargarisant, toute honte bue. Bel exploit humaniste, effectivement.

 L’ère du nécessaire combat contre l’obscurantisme est de retour. Je n’ai donc pas choisi mon pseudonyme par hasard, il y a deux ans… Il se révèle malheureusement un peu trop d’actualité. Et les lignes de front ma foi un peu trop nombreuses pour un seul homme… Va falloir que je me spécialise. Chers lecteurs, que me proposez vous, comme arène de combat privilégiée ?

¹ Les réacs sont une race (ici, il convient de lire un peu de provoc…) qui a pour particularité quasi physiologique d’être toujours du côté du manche qui cogne.

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10 réflexions sur “Le tram de la honte, symbole d’une époque puante

  1. C’est curieux, quand je vous lis, il me faut toujours quelques secondes pour arriver à me persuader que ce que j’ai sous les yeux N’EST PAS de l’humour, que vous croyez réellement à vos parallèles vides de sens et à vos syntagmes figés et usés jusqu’à la trame. Vous êtes décidément un garçon étrange. Pas méchant, pas dangereux, pas antipathique : étrange. Voire, par moment, folklorique.

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  2. Ah non !
    Le réac n’est seulement doté d’un sens aigu de l’orientation en matière de manche.
    Il fait aussi preuve d’une grande sensibilité gustative. Il sait toujours détecter de quel côté sa tartine est beurrée…
    Bref, en tant que réprésentant émérite d’une ethnie qui a eu la chance de partir en vacances dans des camps gracieusement mis à la disposition du sous-homme par le IIIe Reich, je ne peux qu’applaudir à cet investissement dans la nostalgie, mode qui nous rappelle combien « c’était mieux avant ».
    D’ailleurs, toutes les idées progressistes étant considérées comme « archaïques », il est manifestement du modernisme le plus échevelé de prôner, voire de tester en vraie grandeur, un retour à marche forcée vers cette époque victorienne, bien connue pour son humanisme forcené…

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