la pauvreté est-elle un mal nécessaire pour nos politiques ?

« les pauvres ont les mêmes logements que les autres sauf qu’ils les payent moins chers. Ils vivent très bien, nous n’avons pas de misère en France. Il n’y a pas de ce que vous appelez « les pauvres ». Il y a quelques SDF qui eux ont choisi de vivre en marge de la société…. On leur donne des asiles, on leur donne à manger, on les lave, on leur donne tout ce dont ils ont besoin… Ils ont décidé qu’ils voulaient pas travailler… » (Balkany, un proche de Sarkozy : http://www.youtube.com/watch?v=YvprI1yghJU )

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Depuis tant et trop d’années, toujours la même complainte, les mêmes cris d’orfraie, la même (légitime) indignation face aux phénomènes de pauvreté et de précarité, chaque fois qu’est rendu public tel ou tel rapport, tous plus alarmants les uns que les autres…

Entre ceux du Secours Catholique, du CCFD, du Secours Populaire, d’Emmaüs, les constats réguliers de l’observatoire des Inégalités, d’ATD Quart Monde, les données ne manquent pas qui alertent nos politiques sur la montée de la misère en France. Ils ne sont donc pas censés ignorer cette réalité humaine là… d’autant plus qu’elle ne se situe pas au bout du monde, mais près de chez eux.

Pourtant, une fois de plus, on se contente de se lamenter (en vain) au vu cette fois-ci des dernières données de l’INSEE, à l’occasion d’une étude qui date de… 2009. Inutile de vous dire qu’aujourd’hui, la situation est encore pire.

Les appels et les réactions de désespoir venant de toutes parts suffisent-ils à changer la donne ? Certainement pas. Il est particulièrement frappant de constater, avec une certaine perplexité d’ailleurs, tous ces événements qui se télescopent de manière si chaotique : demande d’austérité des états via d’incongrues règles d’or, creusement des inégalités, accès aux soins des plus démunis de plus en plus difficiles au point qu’on ait à mettre en place des antennes de Médecins du Monde dans notre propre pays alors que ces dispositifs étaient autrefois destinés aux pays dit pudiquement en voie de développement, appel de certains (très riches) de plus d’impôts – un bel arbre, certes, mais qui cache la forêt de leurs congénères moins empressés –, implication de certains éminents représentants de la classe politique dans des affaires de corruption, de Guérini à Sarkozy en passant par Woerth et tous ceux (et celles) que j’oublie certainement… La coupe est pleine. Et le citoyen le mieux averti et le plus bienveillant à l’égard de la classe politique finit par en avoir la nausée. N’y a-t-il donc personne qui soit véritablement soucieux de l’intérêt collectif ? Ne peut-on pas concevoir que se déclare enfin un sursaut républicain ? Un (r)éveil humaniste, tel que celui que le fondateur d’Emmaüs avait su initier en 1954  au parlement ?

Je suis franchement atterré par le fait qu’on puisse vivre à la fois dans un pays si riche, où les biens de consommation courants, la nourriture et les produits technologiques puissent couler à flots dans certains milieux plus que favorisés, alors que dans le même temps certain(e)s ne peuvent pas bénéficier d’un minimum vital… Que l’on va même, Ô cynisme suprême, jusqu’à remettre en cause, en hurlant à l’assistanat. Certes, il est facile, comme a tenté de le faire récemment le gouvernement et une certaine droite, de jeter l’opprobre sur les pauvres en les stigmatisant, plutôt que de répondre à leurs attentes et leurs besoins. Mais je doute que cela fasse illusion encore longtemps dans un pays où, jusqu’à preuve du contraire, les moyens d’existence pour une vie digne sont conditionnés par l’obtention d’un emploi dans une époque où il se raréfie de plus en plus… Car il n’est pas vrai qu’on puisse vivre correctement avec une aide sociale, contrairement à ce que l’on entend trop couramment dans des discussions de café qui atteignent bien vite leurs propres limites.

Nos concitoyens sont donc fondés à attendre des politiques davantage de réponses concrètes, et risquent bien de répondre présents au premier qui leur promettra la lune, combien même la lanterne qu’on balancerait devant leurs yeux ne serait qu’une vessie pleine d’une lumineuse lumière noire… Ainsi, cette carotte pour les ânes de Marion Anne Perrine Le Pen, qui promet sans aucune solution concrète de sortir 5 millions de pauvres de la misère… sans dire autre chose que de virer purement et simplement 5 millions d’étrangers ou de français qui le sont devenus… Jusqu’à combien de générations ? (Source : Les Echos)

Face à un tel phénomène qui voit 8,17 millions de personnes en France vivre sous le seuil de pauvreté, aucun discours n’est opérant. Il faut des actes. Le système libéral en cours, que l’on voudrait voir avec une idéologie si déplorable régler tous les problèmes par le seul jeu de la concurrence libre et non faussée que nous assène Bruxelles, montre aujourd’hui qu’il n’est plus capable d’apporter une réponse adéquate et aussi urgente que nécessaire à ce grave problème. A moins d’accepter l’idée que l’on doive laisser crever les pauvres, qui n’ont qu’à s’en sortir par leur seule énergie, discours d’une certaine droite dure, qui ne répugne jamais à claironner qu’il y a trop d’aides sociales en France… Sont-ils capables de créer des emplois pour tous ? Par pour autant. Des hyènes, vous dis-je… Des charognards qui vivent grassement sur le dos de ceux et celles qu’ils affament, qu’ils exploitent jusqu’à plus soif.

Des solutions, pourtant, il y en  :

  • réguler les transactions financières en les limitant

  • instaurer des seuls de revenus tolérables, minimum et maximum.

  • Relocaliser l’économie et taxer lourdement les importations qui ne relèvent pas de la stricte obligation vitale, et qui ne respecteraient pas de surcroît des critères écologiques et certaines conditions de travail dignes, conformes à la déclaration universelle des droits de l’homme.

  • Lutter efficacement contre la corruption en définissant enfin, avec ou contre l’avis des politiques de tous poils (puisqu’ils ne sont pas foutus de respecter une certaine déontologie), un socle de règles permettant d’éviter les conflits d’intérêts, à tous les niveaux de légitimité démocratique.

  • Augmenter l’offre de logements par l’application plus stricte de la loi Dalo afin de lutter contre une spéculation immobilière indécente qui voit des immeubles entiers, dans les grandes villes, faire l’objet d’une inoccupation durable à visée purement cupide, pendant que dans le même temps des gens crèvent dans la rue, ou ne trouvent pas de logements salubres alors qu’ils travaillent et ont donc des revenus, malheureusement insuffisants. Faire la chasse aux revenus supérieurs dans les HLM, après s’être appliqués à rendre les conditions plus transparentes, excluant les pratiques de passe-droit relationnelles généralisées constatées un peu partout dans les OPAC et OPHLM… Dans une telle époque d’insuffisance d’offres de logements populaires, à loyers véritablement modérés (c’est à dire ne dépassant pas le tiers des revenus du SMIC pour un couple avec deux enfants), cette situation est indécente et ne mérite aucun état d’âme. Obliger les propriétaires, même en cas d’indivision, à vendre leur bien immobilier au delà d’une certaine période d’inoccupation. Procéder si besoin à des enchères publiques pour les vendre au plus offrant, sous réserve que ce logement soit loué dès que possible après travaux. (voir les autres mesures du Front de gauche en la matière).

  • Renégocier avec Bruxelles la perte des 25 % d’aide aux associations caritatives (voir mon billet sur le sujet), en réorientant si besoin d’autres lignes budgétaires. Quand il en va de la survie de nos concitoyens les plus démunis, rien n’est impossible.

  • Encadrer les hausses d’énergie de manière plus drastique : il est totalement anormal que l’état français n’ait pas joué ses derniers temps son rôle de régulateur en permettant que le prix de l’énergie augmente ainsi de près de 30%… en un an.

  • Mettre en place, enfin, un système d’allocations chômage ou de revenus minimum pour les commerçants modestes qui, en cas de cessation d’activité, n’ont droit à aucune ressource, ce qui est totalement anormal et n’encourage pas à l’initiative et à autoentrepreneuriat…

Sans parler des  propositions du Front de gauche pour 2012.

Et que l’on me dise pas que tout cela est utopique, et relèverait d’un marxisme archaïque. Ce qui est archaïque, c’est une telle misère dans un pays si riche.

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Sur le sujet,  je vous invite à lire aussi  :

– « Le niveau de vie des plus aisés augmente, celui des plus modestes baisse, la pauvreté s’accroît » (Les contes publics, source)

– «  La « règle d’or » du démantèlement de l’accès aux soins » (source)

– Les billets sur le sujet des pas perdus, d’ Authueil (En finir avec les inégalités) (même s’il est de droite, un avis contraire est toujours utile, rafraîchissant et porteur de débat (tant qu’il reste démocrate…), de SARKOFRANCE, d’Elmone ( Je n’ai rien à dire ! Et alors ?? ), d’ El Camino, de rue-affre , du blog politique décalé des jeunes limougeauds.

– Le communiqué des Solidaires

Actuchômage

– Les dossiers de Politis

– aller voir à la source cette enquête INSEE qui fait tant couler d’encre… et que reprennent tous les médias. Il n’est jamais inutile de se forger sa propre opinion en consultant la source brute, plutôt que des intermédiaires…

6 réflexions sur “la pauvreté est-elle un mal nécessaire pour nos politiques ?

  1. Je ne suis pas même certain que ça soit un mal pour beaucoup d’entre eux. Peut-être une simple statistique, les fameux 10% de perte qu’ils s’autorisent. Je suis, par exemple, personnellement convaincu qu’en France, le chômage ne descendra jamais bien, qu’on n’arrivera jamais au plein emploi, parce qu’il est systémique, qu’il sert l’intérêt des sociétés en faisant pression sur le salariat. Une véritable aubaine pour nous exploiter tranquillement, l’armée de réserve est là…

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  2. @gauchiste contrariant : je suis exactement du même avis. sauf que je pense que cela peut changer : tous les travaux sociologiques en la matière convergent : il y a une exaspération sociale, voire une colère sans précédents dans les milieux populaires qui risque bien d ‘éclater si les politiques ne font rien.

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  3. La coupe est pleine, oui, mais à qui cela va-t-il bénéficier lorsqu’elle finira par déborder?
    Capter les voix des plus démunis n’est malheureusement plus quelque chose d’acquis pour la gauche française, qui se perd dans ses calculs électoraux pour savoir qui des jeunes bobos ou des classes populaires elle doit le plus choyer.

    Les inégalités aujourd’hui font le lit de la fille Le Pen, et elle est bientôt prête à s’y coucher.

    On a les propositions, on a les outils, ne restons pas inaudibles !

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