la gauche et l’argent, un grand débat : ouvrons le ensemble.

Suite à un commentaire de l’un de mes lecteurs, qui en dit long sur les tensions qui peuvent s’exprimer sur le sujet, il m’a semblé intéressant de tenter de provoquer un débat, à gauche, sur le rapport de ses militant(e)s et de ses candidat(e)s à l’argent, au moment même où le train de vie de DSK est en train de défrayer la chronique. Je me sens assez proche des propos de Montebourg et d’Hamon, cela n’étonnera personne.

 Dans une période où l’on demande à tout un chacun de se serrer la ceinture et que les plans d’austérité exigés par la politique libérale des instances européennes, appuyées en cela par les propositions d’aide du FMI, justement, il apparaît comme profondément injuste pour les plus modestes d’entre nous que nos politiques se prétendent de gauche en affichant de tels signes extérieurs de richesse.

 Cependant, Fred, le lecteur critique (à bon escient !), que je citais au début de ce  billet me faisait remarquer qu’il lui semblait difficile de se lancer dans une campagne politique de cette envergure sans un minimum de fortune personnelle. Si j’en juge par les exemples que je connais, je confirme qu’effectivement, pour ce qui concerne les cantonales ou les législatives, par exemple, ce qui nous donnera une base minimale de comparaison, un ami à moi y a laissé sa chemise, en plus de toutes ses économies…

 Aussi, je m’étonne qu’aucun parti ne se soit penché sur la question, et suggère que nous débattions ensemble, entre blogueurs et lecteurs de gauche sur ce point,  qui me semble relever d’une exigence démocratique de premier niveau, d’une urgence fondamentale. L’égalité réelle n’est-elle pas aussi celle-là, de pouvoir faciliter l’accès de tous ceux qui le désirent en ont les capacités à des fonctions politiques, quel qu’en soit le niveau ? Si nous ne le permettons pas, n’y travaillons, n’y réfléchissons pas, à gauche, qui le fera ?

 La question de l’oligarchie tant en vogue actuellement, à juste titre, ne pourrait-elle pas se voir en partie efficacement attaquée par un dispositif  de nature à répondre à cette question ?

 Le débat est ouvert… J’attends les propositions, et m’engage à en faire une synthèse que j’enverrai à différents partis politiques de gauche, allant dans ce sens. C’est à vous :

5 réflexions sur “la gauche et l’argent, un grand débat : ouvrons le ensemble.

  1. Bonjour,

    Question très intéressante, que j’avais débattue aussi sur mon blog. Pour ma part je vote à gauche et DSK n’est pas mon candidat, mais ces débats sur la question du train de vie m’agacent. Notamment parce qu’il me semble que chacun a le droit de faire ce qu’il veut de son argent privé. A l’inverse de l’argent public, issu des impôts de chacun, où en revanche il est clairement normal que ceux qui l’utilisent aient à rendre des comptes à ceux qui le fournissent (en l’occurrence, nous et nos impôts).

    Effectivement les politiques d’austérité se multiplient, et bcp de gens sont obligés de se serrer la ceinture. Pour autant, le train de vie de DSK relève de son argent privé. Il y a des tas de gens en France et dans le monde, qui ont de l’argent, qui ne se privent pas de s’en servir. Devraient-ils avoir honte de leurs revenus parce que d’autres n’ont pas les mêmes? Faudrait-il que les plus pauvres qu’eux les insultent d’avoir droit à quelque chose qu’eux n’ont pas? Je n’adhère pas du tout à cette idée, qui relève à mon sens d’un communisme extrême: il ne faut pas confondre l’égalité et la justice. Demander à ce que le système soit égal et juste envers chacun ne veut pas dire que tout le monde devrait gagner la même chose. Et j’oserais même dire: encore heureux qu’il gagnait de l’argent avec le poste qu’il tenait. Diriger le FMI, ce n’est quand même pas un métier anodin: les compétences, le facteur risque, l’extrême responsabilité…tout cela a un prix et personne n’accepterait de réaliser ce travail pour le salaire moyen des salariés français (et même pour le salaire d’un dirigeant de société fructueuse), et c’est bien normal. Ce genre de poste est tout sauf une partie de plaisir, un salaire conséquent me semble la moindre des contreparties.

    En revanche, demander à ce que le système soit égal et juste reviendrait à obliger les personnes les plus riches à être imposées proportionnellement autant que les plus pauvres, or ce n’est pas du tout le cas: les pauvres payent proportionnellement plus d’impôts que les riches et c’est une injustice majeure de notre société.

    Il y a je pense une confusion dangereuse entre l’argent privé et l’argent public. L’argent public doit être soumis au contrôle du peuple. L’argent privé ne devrait jamais y être confronté parce qu’il n’appartient qu’à celui qui le possède. D’ailleurs, qui donc serait suffisamment neutre et impartial pour déterminer le seuil de décence et d’indécence d’un train de vie? Demander à DSK de réduire, certes, mais jusqu’ou? Pour que son train de vie soit acceptable, quels seraient les critères déterminants? Ce qui paraîtra décent à l’un paraîtra indécent à l’autre car il n’y a pas de référent unique (à moins, encore une fois, de se baser sur un système communiste mais on sait tous ce que ces utopies politiques ont engendré en massacres et dictatures en tous genre, preuve que ce n’est absolument pas la solution, sinon toutes les tentatives ne se seraient pas soldées par des échecs dramatiques). C’est dès le départ un débat sans fin.

    Je ne vois pas en quoi le fait d’être de gauche obligerait à calquer son niveau de vie sur celui des classes les plus défavorisées: l’argent n’empêche pas forcément d’avoir des valeurs communautaires et justes, et l’envie d’aider les autres. Et même d’améliorer la vie de ceux qui n’ont justement pas droit à cette richesse matérielle pour X raisons. J’irais même jusqu’à dire que je préfère largement un dirigeant de gauche qui n’a pas honte de sa fortune MAIS qui donne plus de justice au système, plutôt qu’un dirigeant de gauche qui sera de toute façon riche (parce que comme c’est dit dans l’article, tous les politiques du devant de la scène ont un minimum de patrimoine…) mais qui fera croire qu’il ne l’est pas. Ce serait tout bonnement mentir. L’important, ce n’est pas la fortune personnelle des dirigeants, mais les idées qu’ils défendent et les choix qu’ils font pour leur peuple. Et encore une fois je redis qu’on peut être riches et défendre des idées profondément sociales, ce n’est pas incompatible.

    Une société d’égalité et de justice ne veut pas dire que tout le monde doit avoir la même chose dans les mêmes quantités. Mais bien que la contribution apportée en regard de cette quantité n’avantage pas les uns aux détriments des autres. Et là, clairement, on en est loins!

    Merci pour l’article, à bientôt!

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  2. Salut,

    D’abord, je suis tout à fait d’accord avec Working Mama.

    Ensuite personnellement, pour les politiques, cela ne me choque pas tout cet argent , du moment où la personne est respectueuse et sait combien cela est difficile avec le minimum d’argent. Même si je reconnais que l’attroupement de trop de personne de cette trempe risque de leur faire perdre la réalité des choses (ce qui arrive en ce moment à certains).

    Pour ce qui est de l’accès à tous à la vie politique, je dirai que c’est possible, mais la taille de l’objectif est proportionnel avec le compte en banque:
    avec très peu de moyen on se contente d’asso, de mairies de villages, avec plus on s’attaque à plus gros, etc, etc..

    Ce n’est pas une loi, mais je dirai un constat qui ne s’arrête pas à la situation économique uniquement mais qui est bien plus large. En effet, avec des revenus modestes, prendre du temps (sur son travail) à consacrer à des dossiers, se documenter, acheter des livres de droits ou autres pour défendre telle ou telle valeur est très difficile. Pour une mairie de village, c’est certainement plus accessible, pour une petite, moyenne, grande ville, je pense que les besoins vont en grandissant et donc une personne mieux « formée » à la base et donc d’un milieu social plus élevé et donc avec des revenus plus élevés pourra mieux s’y attaquer.

    Mais si déjà chaque personne se sentait concernée au niveau local, on aurait moins l’impression de se faire diriger par les politiques de la télé car on verrait de nos yeux les actions concrètes à notre niveau (et quelque soit notre niveau de vie) Et on se foutrait donc de savoir si elles sont ou pas blindées de thunes.

    A bientot!!

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  3. Je suis d’accord sur l’essentiel avec Working Mama et fred2vienne. Qu’une personnalité de gauche soit richissime n’est pas en soi un problème. En revanche, ce qui me gênerait, c’est qu’une personnalité se disant de gauche, vivant avec 300 millions d’€ et plus, utilise tous les mécanismes d’optimisation fiscale pour ne pas payer ou alors le moins possible l’impôt sur le revenu, l’ISF et autres taxes sur le patrimoine et le capital, comme le fait Liliane Bettencourt depuis des années. Ca, pour moi, c’est plus scandaleux que de rouler en Porsche Panamera ou dormir dans une suite à 3000€ la nuit. Quand on se dit de gauche, on ne truande pas le fisc.

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  4. Tout pareil!!

    Dommage que ce grand débat ne regroupe pas plus de monde, mais c’est un bon début.

    Continuons!!! GdeC

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