Terra Nova, boîte à caca

 Ils sont un certain nombre, de Dagrouik à Marc Vasseur, en passant par Romain Pigenel et Thierry, à évoquer dans leur billet du jour en des termes peu amènes le contenu d’un rapport de Terra Nova, le think tank socialiste, intitulé :

 Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ?

 Tous l’ont interprété comme une incitation à l’abandon de l’électorat populaire pour de vulgaires raisons de stratégie électorale. Cela m’a semblé tellement gros que je me suis empressé d’aller y voir de plus près

 En me rendant aux conclusions, j’ai découvert ce chapitre qui en a forcément hérissé plus d’un, et que cite également Marc :

 « Il n’est pas possible aujourd’hui pour la gauche de chercher à restaurer sa coalition historique de classe : la classe ouvrière n’est plus le cœur du vote de gauche, elle n’est plus en phase avec l’ensemble de ses valeurs, elle ne peut plus être comme elle l’a été le moteur entraînant la constitution de la majorité électorale de la gauche. La volonté pour la gauche de mettre en œuvre une stratégie de classe autour de la classe ouvrière, et plus globalement des classes populaires, nécessiterait de renoncer à ses valeurs culturelles, c’est-à-dire de rompre avec la social-démocratie. »

 Je ne peux que souscrire à l’analyse de Dagrouik qui réfute une logique libérale basée sur une approche marketing de la politique qui traite de l’offre et de la demande, et voit chaque programme de parti comme une prestation à réaliser. Comme il le dit judicieusement,  « c’est du clientélisme au niveau national« . Du Guérinisme à grande échelle.

 « Terra Nova explique à coup de marketing pour neuneus que le politique doit sélectionner ses électeurs et leur faire des offres. »

 Dans cette logique, il s’agit donc « d’améliorer le taux de participation : les jeunes ou les minorités ne sont pas des abstentionnistes systématiques, ils votent par intermittence. L’objectif est donc de les mobiliser : cela passe par une campagne de terrain (porte-à-porte, phoning, présence militante sur les réseaux sociaux et dans les quartiers…), sur le modèle Obama ». Nous y voila…

 Est-ce de cette gauche là, dont nous voulons, qui serait alors, effectivement, parfaitement incarnée par une approche DSkiste, à tendance fmisante,  sans le moindre état d’âme, en toute logique et cohérence, la Porsche devenant pour le coup un élément d’identification plutôt que de répulsion ou d’indignation ?

 Mais en allant plus loin, un autre passage  m’a choqué, que n’ont pas relevé mes collègues  :

 « La gauche doit dès lors axer sa campagne sur les priorités économiques et sociales, où elles sont en phase, et faire oublier ses convictions culturelles, notamment sur l’immigration et l’islam. Une telle stratégie présente des atouts. Elle est en phase avec la conjoncture »

 Nous y voila… Ce qui veut dire ? Comment interpréter cela ? Sinon au travers d’une orientation qui irait dans le même sens que celle que je dénonce à longueur de blog ? Ai-je vraiment bien lu ? Si j’en juge par ce qui suit, hélas, je le crains fort… Misère de la pensée socialiste.

 Mais je ne suis pas au bout de mes surprises… Tenez, ceci : « En voie de dédiabolisation, et donc bientôt fréquentable, le FN de Marine Le Pen a opéré un retournement sur les questions socioéconomiques, basculant d’une posture poujadiste néolibérale (anti-Etat, anti-fonctionnaires, anti-impôts) à un programme de protection économique et sociale équivalent à celui du Front de gauche ».

 Voilà qui n’est pas sans me rappeler l’accusation de populisme dont des ténors socialistes ont affublé Mélenchon, qui en arrive à la revendiquer, avec la fameuse caricature de Plantu qui a tant fait couler d’encre…  Mais n’a manifestement servi de leçon à personne. Cela fait-il à rpésent partie intégrante de la culture socialiste, au point que cela apparaisse dans un tel rapport ?

 Et vous voudriez que nous votions pour ces gens là, au prétexte qu’il s’agit de voter utile pour faire obstacle au front national et à Sarkozy, et ne pas nous montrer responsables de la division de la gauche ?

 Ce rapport est vraiment à vomir. Messieurs les blogueurs, je ne vous remercie pas d’avoir attiré mon attention sur le sujet. Moi qui était déjà en colère et remonté contre le PS… ça va pas s’arranger. Vous aviez donc raison… Il s ‘agit donc d’abandonner les pauvres et l’électorat populaire au Front National. C’est honteux, inadmissible, irresponsable, et jamais je ne saurais m’y résoudre. C’est de surcroît, par delà les considérations morales, vraiment prendre l’électorat populaire pour ce qu’il n’est pas, en bloc en tous cas : des cons, incapables de comprendre la haute pensée progressiste et réformatrice de ces valeureux sociologues, alors que les classes moyennes et les jeunes, eux, si… Bêtise.

 Et si nous migrions plus raisonnablement vers la Fondation Copernic ? A chacun ses valeurs…

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