devoir de solidarité industrielle

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Au grand dam de ma compagne que cela ennuie profondément¹, je viens de regarder une émission particulièrement instructive sur Public Sénat. Il s’agissait de suivre l’avancée au quotidien d’une mission sénatoriale sur la ré-industrialisation des territoires, présidée par… un socialiste, Martial Bourquin, sénateur du Doubs. Je ne me souviens pas d’avoir vu ce sujet traité par la nuée de blogueurs que je suis dans mon google reader…Et pourtant.

 Loin du crédo libéral classique sur l’importance du coût de la main d’œuvre en France qui selon ses croyants pratiquants encouragerait les délocalisations, un patron implanté à la fois en France, en Allemagne et en Inde précisait que celui-ci était sensiblement le même des deux côtés du Rhin. Pourtant, l’Allemagne connaissait un taux d’industrialisation de plus de 30 % là où nous ne faisons que 16 %…. Peut mieux faire, effectivement.

 Ce qui faisait la différence, selon les observations de cette commission, c’était en autres le fait que nos voisins rhénans pratiquaient des aides directes, à la fois financières et en termes d’accompagnement et d’infrastructures de conseil aux entreprises en matière de recherche et développement.

 En outre, les tâches les plus anciennes et à faible valeur ajoutée étaient effectivement (ne nions pas le phénomène) délocalisées, les entreprises allemandes se concentrant sur les nouveaux produits et les productions à haute valeur ajoutée. Cependant, le travail délocalisé faisait l’objet d’une négociation plus serrée et accompagnée en Allemagne, par l’intermédiaire d’un partenariat de proximité grâce aux chambres de commerce, qui seraient plus actives et efficaces que les nôtres…

 Mais ce que j’ai retenu d’essentiel, par delà ces points clés, c’est aussi et surtout que les grosses entreprises allemandes implantées à l’étranger ou qui exportaient de manière conséquente avaient une logique de soutien de leurs sous-traitants qui ressemblaient fort à de la solidarité… Ce qui avaient pour conséquence de constituer, grâce à ces grosses sociétés, des moteurs de développement pour les autres petites et moyennes entreprises du pays. Ce phénomène expliquerait en grande partie la plus grande industrialisation du pays.

 On aimerait donc qu’en France, au-delà un nationalisme exacerbé par des débats sans fin sur tout et n’importe quoi qui n’ont d’autres fins que d’attiser les tensions inter-ethniques, sociales ou religieuses, notre sens patriotique s’exerce davantage dans le domaine économique, qui créerait de l’emploi et de la richesse, plutôt que de la colère, du ressentiment, et de la violence. Cette inutile guerre de tous contre tous ne fait certainement pas avancer le schmilblick. Alors que la solidarité, même intéressée, manifestement, si. CQFD.

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Nota Bene : Rappelons tout de même, c’est utile en période d’auto-satisfaction droitiste telle qu’ illustrée dernièrement par l’imbécile satisfait qu’est Xavier Bertrand, que notre pays perd environ 70 000 emplois industriels par an… Ce qui fait certainement bien plus pour le triomphalisme frontiste lepéniste que ses prétendues hordes d’envahisseurs qui viennent manger notre pain… et construisent des minarets partout.Mais il est vrai qu’il vaut mieux souffler sur les braises… et s’en prendre à ces feignants de chômeurs !

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En savoir plus sur la mission sénatoriale et ses préconisations :

 Synthèse du rapport et propositions

Le rapport complet de la mission

Site de la mission commune d’information

le dossier de presse de l’Elysée

Communiqué d’adoption du rapport

 Une critique équilibrée ici : « Désindustrialisation : consensus sur le diagnostic, désaccords sur les remèdes »

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 ¹ Et oui… Il y a des fous qui regardent Public Sénat un dimanche matin ! J’en suis.

4 réflexions sur “devoir de solidarité industrielle

  1. Un sujet important effectivement lié à la balance commerciale négative, à l’emploi de demain. Si nous ne produisons pas, nous ne vendons pas, et ne garantissons pas l’emploi de demain, tout est lié… Autant dire que nos entrepreneurs sont de vrais feignasses en France, pour ne pas dire des assistés…

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  2. Ce qui fait aussi la différence, c’est qu’en France, l’oligarchie a choisi de se débarrasser de l’industrie. Un choix qui date des années 60. J’en avais parlé dans un billet sur Perbereau. J’avais trouvé l’info dans un bouquin indispensable : Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours.

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  3. @Stef : dans le reportage de Public Sénat, un patron (DMC), expliquait qu’il avait réduit les coûts de main d ‘œuvre en… supprimant les strates hiérarchiques inutiles, notamment en n’employant que des cadres indispensables… Ce qui nous ramène à la vidéo que j’ai postée hier (les partageux) dans laquelle Méluche propose de réduire le salaire des patrons plutôt que ceux des ouvriers… Ce n’est donc pas que de l’ironie, il y a une part de vérité là-dedans.

    @DPP : Merci pour la référence. Je vais m’en enquérir… Mais vu que j’ai déja une pile d’une dizaine de bouquins en retard… je ferai mon possible.

    @rannemari : effectivement, j’ai hésité à agiter une fois de plus le fameux exemple allemand… Mais le précariat est de toute façon déjà là, en France, et je doute que moins d’industrie le résolve. Inspirons nous du bon, pas du mauvais, effectivement…

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