le facteur rend son tablier

Enfin une bonne nouvelle à gauche, vraiment. Contrairement à l’afflux massif de candidatures aux primaires de la gauche dite socialiste, qui risque de donner une bien piètre image de notre volonté de nous rassembler dans une ou deux candidatures crédibles dans l’électorat populaire pour faire échec à la droite dure,  voilà que le leader autrefois si médiatique du NPA a décidé de ne pas présenter sa candidature aux présidentielles de 2012.  je l’en félicite : c’est un choix de sagesse qui l’honore, là où d’autres se fourvoient dans des calculs d’intérêts personnels.

 Cette décision me semble constituer la conséquence logique de la débandade du dernier congrès du NPA, qui a vu sa stratégie conspuée par certains militants, qui lui ont reproché sa ligne de conduite lors des dernières élections… Certains n’avaient en effet pas digéré que son parti ne rejoigne pas le front de gauche. Dont votre serviteur, qui l’avait effectivement ardemment souhaité, pour donner plus de force à notre mouvement. Même si je ne suis pas au NPA, ses militants sont nos cousins, dans les luttes si ce n’est dans les urnes… et leur combat le nôtre.  Anticapitalistes nous sommes, et resteront.

 Voici la lettre qu’il a confiée au comité exécutif du NPA hier. Je me la suis procurée sur le blog Médiapart de noir rouge vert ici. A vous de l’analyser. Moi, je n’en ai pas le temps… j’y reviendrai…. ou pas. On m’attend ailleurs.

 « Je ne serai pas le candidat du Nouveau parti anticapitaliste à l’élection présidentielle de 2012. Il s’agit d’une décision politique que j’assume. Et si je souhaite aujourd’hui passer le relais à un(e) de nos camarades, je ne renonce pas à m’impliquer, bien au contraire, dans tous nos combats. Je revendique plutôt la possibilité, pour le NPA, de se lancer sur de nouvelles bases, conformes au projet d’émancipation qui, plus que jamais, m’anime.

 Tout d’abord, je voudrais profiter de cette lettre pour remercier toutes celles et tous ceux qui, au NPA – àla LCR auparavant –, ont participé activement au travail collectif qu’a nécessité le porte-parolat que j’ai assuré ces dix dernières années. À tous les camarades des sections locales qui ont collé des affiches, distribué des tracts, organisé les meetings (et qui, toujours, nous ont accueillis chez eux à bras ouverts), aux chasseurs de signatures en 2002, puis en 2007, ainsi qu’aux camarades de la direction qui ont planché sur les argumentaires, l’orientation, la communication, la protection, à tous j’aimerais vous dire merci. Ce travail d’équipe m’a appris et apporté énormément tout au long de cette drôle d’expérience militante qu’est le porte-parolat.

J’ai essayé, pour ma part, de mouiller la chemise sans compter pour faire connaître à un public large nos idées et nos convictions. Et cette chemise, je compte bien la mouiller encore demain pour porter notre programme, notre action et notre voix. Les militants du NPA et, plus généralement, toutes celles et tous ceux qui se battent pour changer le monde pourront compter sur mon engagement.

Il s’agit d’une décision politique assumée, donc, et sans grande surprise. Il y a quelques années déjà, j’avais clairement prévenu que je ne comptais pas prendre un abonnement à l’élection présidentielle, parce que je n’aspirais pas à en être l’éternel candidat d’extrême gauche. Depuis de nombreux mois, je fais aussi partie de ceux qui mettent en garde notre parti contre les risques politiques de la personnalisation à outrance. Que les idées s’incarnent ponctuellement dans un contexte social et politique déterminé, ou qu’il faille déléguer la tâche militante de la représentation publique, par un mandat précis et limité dans le temps, est une chose. Jouer des ambiguïtés du système politique et médiatique pour se substituer à l’action militante réelle au sein de la lutte de classe, en est une autre.

Nous militons quotidiennement, dans nos entreprises, dans les luttes, au moment des élections, pour défendre la perspective d’une société enfin débarrassée de l’aliénation, de l’exploitation et de l’oppression. L’affranchissement vis-à-vis des servitudes contemporaines implique obligatoirement une rupture avec le système actuel. Cette rupture présuppose une implication populaire croissante dans la vie politique. Autant que faire se peut, cette rupture doit intervenir ici et maintenant, sans la remettre à demain et à ses bouillonnements révolutionnaires prometteurs.

Cela signifie qu’ici et maintenant, nous appelons, sans relâche et en conscience, tous les anonymes à s’approprier leur destinée. Voilà pourquoi nous exaltons systématiquement les classes populaires à faire irruption sur la scène politique en brisant les enceintes dressées par les politiciens dans le but de nous tenir à distance de l’arène, là où se jouent nos vies. Partout où nous intervenons, nous portons ce message original et subversif : dans les quartiers populaires, les entreprises, les lycées, les facs, sur les marchés, dans les manifs, pendant les élections. Ce message tout terrain qui est la marque de fabrique de notre parti, nous ne devons pas le ternir au nom d’un quelconque « réflexe » électoral.

Nous avons su créer la surprise lorsquela LCRa eu l’audace de présenter un jeune travailleur, un postier, à l’élection présidentielle de 2002. Continuons de surprendre en présentant aujourd’hui d’autres anonymes lors de ces échéances ; cela soulignera d’autant ce que nous sommes réellement : un outil collectif et hétéroclite. S’efforcer de perpétuer la démonstration selon laquelle nous n’avons pas besoin des politiciens pour nous exprimer, comprendre et proposer, est un acte progressiste. Se rassurer en pensant « jouer la sécurité » serait céder, au contraire, à des instincts « conservateurs » pernicieux qu’il faut laisser aux autres. Or, nous n’envisageons pas l’activité politique comme les autres partis.

Ce serait aussi, à mes yeux, une contradiction intenable : nous dénonçons un système où la politique est devenue une valeur marchande d’un côté, et de l’autre, nous commencerions involontairement à nous intégrer dans le décor politique traditionnel en incrustant notre mouvement et nos idées dans la case « candidat rituel à l’élection présidentielle » de notre téléviseur. C’est risquer, à terme, de nous transformer en caricature de nous-mêmes, voire en alibi du système.

Comme à chacun d’entre vous, cette vision m’est personnellement insupportable. Je ne veux pas avoir le sentiment de faire partie du personnel politique traditionnel aux yeux du large public, qu’à notre mesure nous influençons depuis quelques années. Le fait de mener une activité professionnelle àla Poste– activité que je n’ai jamais lâchée – n’est pas, sur le long terme, un sérum assez puissant pour contrecarrer la dynamique consensuelle qu’impose la joute électorale et médiatique à répétition. Le jeune travailleur parti à l’assaut de la politique en 2002 est inéluctablement devenu, en 2007, celui qui « fait de la politique tout en continuant à travailler » et probablement quelqu’un qui « fait de la politique tout court » en 2012. Militant je suis, militant je veux rester. Me libérer de cette contradiction est la meilleure garantie, pour moi, de continuer à porter le combat du NPA sur la scène publique, mais différemment.

Aussi je vous demande d’être solidaires de ce choix, en le comprenant comme la volonté que le NPA puisse enfin se retrouver. Se retrouver non pas sur un nom familier mais sur une identité collectivement réappropriée. Qu’il puisse se déployer sur des bases plus conscientes et plus constantes. Plus conscientes de la nécessité de porter un projet révolutionnaire, internationaliste, vivant et ouvert, qui le maintienne à distance du système actuel. Plus constantes dans son action globale au quotidien, en intervenant sans relâche dans les entreprises, les quartiers, la jeunesse et en animant activement les réseaux de résistance du mouvement social – syndical, antiraciste, écologiste, féministe…

L’élection présidentielle aura lieu dans un an. Cela nous laisse le temps de la préparer et faire de 2012 une étape majeure dans cette refondation.

Je suis prêt, dès à présent, à m’investir à 100 % pour que notre parti, le NPA, puisse effectivement se présenter à la prochaine présidentielle et à épauler de mon mieux notre candidat(e) durant la campagne. Car il faut continuer à nous adresser à des millions de personnes et ne pas se refermer en vase clos. Les moments de reflux que le mouvement ouvrier traverse en France ne doivent pas masquer le caractère instable de la situation politique liée à la crise globale que traverse le capitalisme depuis trois années.

Les révolutions arabes le prouvent : les vents de l’histoire sont changeants et peuvent tourner rapidement.

 

Olivier

 

12 réflexions sur “le facteur rend son tablier

  1. Coca In !

    Plein dans le mille
    Et je m’apprête à faire une petite expérience
    Puisque je suis comme a plupart addict au coca-cola
    Je me dis comme vous vous dîtes : que j’ai le coke à l’âme
    Vous avez devant les yeux mes trois sujets d’embrouille :
    Trois canettes qui constituent un véritable casse-tête chinois

    ONE : Le coca rouge – pur et dur, l’opium du peuple. Qui conditionne et subordonne le peuple, sans prendre le soin de lui demander son avis.
    c’est le jus d’autorité, toujours numéro un sur le marché, qui ne distingue ni les petits, ni les grands, ni les riches, ni les pauvres, ni les malades, ni les bien portants…
    Tout le monde est logé à la même enseigne, abreuvé à la même source et fasciné par la même image… image de marque, marque de ce qui marche et marche vers ce qui marque… la boisson du plus fort est toujours la meilleure…
    Non, ce n’est pas du marketing mais un vrai lifting pour voiler la lutte des classes…

    TWO : le coca light – rien n’est moins pur, rien n’est moins dur mais si les temps changent, les hommes restent les mêmes ;
    Ils ne peuvent pas se passer de leurs bulles, il faut juste modifier la formule du liquide sacré. Modérer sa force, alléger sa puissance, masquer son autorité. Et le tour est joué.
    Plus de sucre dans le sang. Mais de l’aspartame pour les maintenir dans les rangs. Ce n’est plus le grand capital mais La justice sociale… qui se soucie de notre état de santé physique et moral… on bouge les lignes, on surveille sa ligne et son s’aligne sur les nouvelles consignes de nos prêcheurs à la ligne… des socio-démocrates qui nous redonnent la patate.

    THREE : le coca zéro – c’est noir, donc c’est plus costaud. On retire toute la cocaïne mais on sauvegarde juste le spleen… tous d’accord pour dire que nous ne sommes plus d’accord… qu’il nous faut une formule qui dispense de toutes les formules. Un pouvoir qui se moque de tous les pouvoirs et une parole qui coïncide avec notre plus inavouable façon de voir. Zéro immigrés, zéro simagrées, zéro minarets…
    Tout le monde est BEAU si on lui donne les moyens de briser son miroir… c’est ce qu’on appelle le populisme messieurs dames ! à poil mais dans le sens du poil.
    Buvons au lieu de passer notre temps à baver sur nous-mêmes, sur ces emballages qui contiennent du bisphénol A ! Mais ne le répétez surtout pas…
    http://www.lejournaldepersonne.com/2011/05/coca-in/

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  2. « Certains n’avaient en effet pas digéré que son parti ne rejoigne pas le front de gauche. »
    Ces camarades ne voulaient pas rejoindre le FdG, mais s’allier avec le FdG, ce qui n’est pas tout à fait pareil.
    De plus ils étaient moins nombreux que ceux défendant la position de la direction, et aussi moins nombreux que ceux reprochant a la direction d’avoir été trop électoraliste.

    Et sinon la question n’est pas liée aux personnes candidates, mais a la stratégie, le npa l’a deja dit clairement, la stratégie électoraliste du FdG nous semble voué a l’échec puisqu’elle refuse d’indépendance totale avec le PS, comme on l’a vu dans certains canton ou le PG s’est retirés au profit du PS des le 1er tour, et dans les déclarations de Pierre Laurent qui parle de gouverner avec toute la gauche.
    le fait que OB ne soit pas candidat ne change rien à notre objectif de créer un bloc indépendant. le npa aura un autre candidat ou une candidate pour le défendre.
    Ce qui ne change donc rien au nombre de candidat.

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  3. @moatthieu : merci pour ses précisions. Un billet de blogs est souvent fait de racourcis. Mais quant à l’argument du désistement en faveur du ps, il est éculé : tu nous vois, franchement, apppeler à voter pour Strauss khan ? C’est absurde. Et Hollande, c’est kif-kif…

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  4. Du même avis que Romain, ca l’honore… mais on est beaux, quand meme, à saluer ce courage au lieu de permettre au NPA de faire parti d’un gros collectif de gauche qui soutiendrait un(e) seul(e) candidat(e) qui porterait des valeurs. non ?

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  5. @Ju : sur certains points, le front de gauche porte les valeurs du NPA, comme celui des salaires maximum et le contrôle des licenciements dans les sociétés qui font des bénéfices, où l’immigration et les sans-papiers, mais si tous les points se ressemblaient, le front de gauche s’appellerait NPA ou vice-versa… Si seulement il pouvait y avoir davantage de négociations ouvertes entre les deux ! Quant à LO… même pas la peine.

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