quand est-ce qu’on fait tout péter (bordel) ?

source : cette mine d’or

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Si quelqun a des moyens pratiques, rapides, concrets et efficaces de changer le monde, je suis preneur.

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 Z’ont raison, les Vregens : quand est-ce qu’on fait quoi ? En voilà une bonne question !

 Ben oui, quoi, c’est bien beau de se palucher intellectuellement sur nos blogs ou dans les bistrots, de refaire le monde entre deux bières ou moult verres de vin selon ses affinités, de jouer au révolté permanent genre Che Guevarra de salon à la sauce antisarkozyste primaire ou secondaire, tout cela, c’est du pipi de chat. De la roupie de sansonnet. Rien qui ne change quoi que ce soit au monde comme il va. C’est-à-dire mal.

 On peut toujours protester contre la réforme des retraites, se battre contre les fermetures de classes, s’indigner face à la politique vichyssoise des Maurras d’aujourd’hui, et déplorer que nos jeunes n’aient plus d’emploi sauf précaire ni de toits  sauf indécents, cela ne fait aucunement avancer le schmilblick, et ne sert qu’à nous faire plaisir tout seul dans notre coin d’avoir pu,  plus ou moins joliment,  exprimer ce que l’on avait à dire. Mais pour quoi faire, au juste ?

 Nos belles idées, nos bonnes actions, nos bons principes, toute cette belle mécanique bien huilée qui nous fait une conscience bien tranquille, a-t-elle empêché, tiens,  pour seul exemple crucificateur,  qu’un salarié d’Orange ne s’immole par le feu, exemple extrême de tous ceux et celles qui, comme lui, sont pris dans la tourmente des modes de managements inhumains et dégradants du capitalisme carnassier ?

 Ce système cynique aux injonctions paradoxales met par-dessus tout la valeur travail alors qu’il n’est même pas foutu de donner un emploi à tous ceux qui en voudraient bien, un vrai, pas des miettes de précariat à la sauce RSA.

 Dans le même temps, aucun système économique et social n’a jamais aussi peu accordé de considération à celui qui fait correctement son devoir jour après jour, qui n’a pas démérité année après année, et qui se voit pourtant jeté du jour au lendemain sans autre forme de procès, ou placardisé au point de péter les plombs plus ou moins gravement, comme nous le ferions tous si nous étions placés dans les mêmes conditions.

C’est bien beau de se revendiquer de l’inspiration ultra-gauchiste de Quadruppani ou de qui que ce soit d’autre et quel que soit son mérite,  cela n’apporte en rien la moindre pierre constructive à notre moulin dont le courant se voudrait tant alternatif, comme l’observe à juste titre un commentaire au bas du texte de l’important gauchiste sur le site d’Article XI.

« Ça va durer. Ce n’est pas une explosion fugace, c’est une génération dans son ensemble qui se met debout, c’est la déclaration de l’autonomie de l’intelligence collective face à la putréfaction d’un système corrompu, violent, inculte et mourant. C’est le changement du climat culturel qui annonce une décennie de conflits et de construction d’un monde affranchi de l’exploitation. » (Franco Berardi, ici.)

J’aime bien ce passage. Certes, il me parle, et répond clairement à mon optimiste béat que quelquechose est en route, un mouvement clandestin, une veine souterraine qui va venir irrriguer nos ternes petites vies.  Mais  tout ce que je retiens du galimatias hautement intellectuel de Quadrumachintruc, certainement nourrissant en d’autres temps¹, ce sont ces deux pépites d’un matériau noble encore à découvrir :  « C’est une nouvelle contre-culture qui doit naître, qui est en train de naître, et qui ne pourra se développer que sous la forme où elle a pris naissance : en réseau. »

« De nos jours, le développement d’une théorie de la révolution ne peut être qu’une œuvre collective et pratique. »

Je confirme, persiste, et signe. Sur ces deux points, il a raison, le gars. J’avais balisé naguère mon petit jardin public d’ici même  par des textes et des billets perso qui annonçaient ce qui se joue ici, nourrissant le débat de ma petite bibliothèque personnelle et invitant mes collègues blogueurs à faire de même,  sans grand succès.

 Ce à quoi j’aspire en secret, c’est que tous ceux et celles qui souhaitent et veulent œuvrer pour un autre monde possible puissent s’organiser davantage, plutôt que de s’éparpiller et de dépenser leur énergie en pure perte à travers des blogs, des assoces, des partis plus ou moins exclusifs et confidentiels, et des luttes dans leur coin qui ne  mènent à rien, ou si peu. Renouer les fils épars, contribuer à la rencontre de bonnes volontés isolées qui cependant, ensemble, iraient dans ce même sens, celui d’une vraie rupture avec un mode de société que nous sommes de plus en plus nombreux à rejeter, voilà qui me conviendrait bien.

 A la seule condition de mettre en commun nos énergies, nos réseaux, nos écrits et nos ressources, le grand soir pourrait advenir bien plus tôt qu’il n’y parait aujourd’hui à travers le rideau de la désespérance aux yeux de tous ces commentateurs aigris et désabusés qui pullulent, manipulés par des médias et des élites qui y ont tout intérêt pour protéger leurs petites prébendes personnelles…

 Bien que le cri de la hyène, le soir, au fond des bois, nous guette, nous n’en avons cure et avancerons encore et toujours au rythme de ce blog sur ce petit chemin étroit qui est le nôtre, quitte à perdre en popularité et en visibilité sur le net, mais très certainement à y gagner en termes d’incandescence et d’efficacité, de pouvoir de conviction.

 Car j’ai, oui je l’avoue, l’ambition étonnante qui passe pour risible de nos jours, de vouloir changer le monde. Il en a bien besoin. Et ce, quel qu’en soit le moyen, du moment qu’il est conforme à mes principes et à mes valeurs.

Il est urgent d’agir. Pour un monde meilleur.

 

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¹ bien qu’il ne soit pas forcément accessible à tous, ce que je regrette fortement dans ma volonté permanente et soucieuse d’éducation populaire