Ce grand homme qui refusa de rencontrer Sarkozy… (et entre aujourd’hui au Panthéon).

Celui que les journalistes en mal d’inspiration présentent généralement comme le chantre de la négritude¹ et qui fût entre autres député et poète de la Martinique, décédé en 2008,  Aimé Césaire, va entrer au Panthéon aujourd’hui. Non pas en personne, si je puis m’exprimer ainsi, mais sous la forme d’une fresque monumentale, sa dépouille demeurant en Martinique, conformément à son choix et à celui de sa famille.

Il est piquant à mes yeux de constater que ce militant contre la colonisation, mort le 17 avril 2008 à l’âge de 94 ans, et qui a consacré toute sa vie à ce noble combat du respect des valeurs de l’humanisme universel, soit enterré dans ce monument qui regroupe tant de noms qui ont fait l’histoire de France (de Voltaire à Victor Hugo en passant par Jean Moulin)  par celui qu’il a tant honni, allant jusqu’à se payer le luxe de refuser de le rencontrer. Voici pourquoi :  

 « Je n’accepte pas de recevoir le Ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy pour deux raisons.

 1ère : des raisons personnelles

2ème : parce que , auteur du “Discours sur le Colonialisme”, je reste fidèle à ma doctrine et anticolonialiste résolu.

Et ne saurais paraître me rallier à l’esprit et à la lettre de la loi du 23 février 2005.

Je vois dans toute campagne faite par tel quotidien martiniquais sur une possible rencontre SARKOZY-CESAIRE un piège dans lequel je ne tomberai pas. »

Ce soir donc, à 17 heures, la France rendra hommage à Aimé Césaire (1913-2008) en déposant dans la nef du Panthéon une fresque monumentale, composée de portraits évocateurs de quatre périodes de sa vie.

 Le président Nicolas Sarkozy assistera à la cérémonie ainsi que la famille d’Aimé Césaire et près d’un millier d’invités, dont une centaine d’élèves de collèges et lycées de Martinique et de métropole, ainsi que ceux du prestigieux lycée Louis Le Grand et de l’Ecole normale supérieure, où étudia le grand poète. Le tout accompagné d’une grande cérémonie d’hommage national retransmise à la télévision, sur France 2 et France Ô, aujourd’hui, à partir de 17h.

 La ministre de l’Outre-mer Marie-Luce Penchard avait souhaité de son côté que cet hommage, « un geste fort pour les Outre-mer, pour la France » puisse « sensibiliser notre jeunesse de France à ce grand homme que fut Aimé Césaire et, à travers lui, celui qui sut abattre les murs, chanter l’humanisme, briser les préjugés, éveiller les consciences et donner la force de regarder demain« .

 On eut aimé que cet hommage mérité ne se déroula point sous les auspices hypocrites d’un tel gouvernement, au lendemain de ce navrant débat sur la Laïcité que tout le monde déplore, soumis à cette droite si dure, et dans un tel contexte de xénophobie ambiante et de relents idéologiques qu’on pensait disparus.

 Mais pour la paix de l’esprit du poète et militant Césaire, je vais m’efforcer de l’oublier, et je laisse notre (si petit, surtout face à un  tel homme)  président à sa conscience, s’il en a une…

 Et pour clore ce billet en meilleure pensée, je souhaite vous faire partager ce poème d’Aimé Césaire,  extrait du « Cahier d’un retour au pays natal », avec une pensée spéciale que je livre à leur médiation pour les tenants des idéologies haineuses et dégadrantes pour la condition humaine qui tiennent un peu trop le haut du pavé actuellement :

Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

l’homme-famine, l’homme-insulte, l’homme-torture
on pouvait à n’importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer – parfaitement le tuer – sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d’excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot

mais est-ce qu’on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d’une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?

 PS. Si quelqun a une image de la Fresque, je suis preneur. Merci. Cela complètera utilement ce billet.

.

¹il y en eut d’autres,  d’ Édouard Glissant – décédé dernièrement et à qui j’avais consacré un billet – à Léopold Sédar Senghor pour seuls  exemples connus¹. Sans parler de tous ces hommes qui ont contribué à la reconnaissance et au respect des noirs,  comme  Léon Laleau et  Félix EBOUE,  lui aussi enterré au Panthéon

4 commentaires

  1. http://www.sechou.com/index.php?page=BIO
    LES DAMNES DE LA MER
    (De Séchou : Auteur compositeur interprète, conteur)

    I-COUPLET
    Ne t’en fais pas ! Mon cher Nicky ! – (Berly)
    Ne pleure pas ! Mon tout petit !
    Ton rêve,
    C’est d’être grand.
    Jamais ! Tu ne le seras
    Pour ces noyés immigrants.

    I-Refrain
    Écoute-bien leurs voix, qui remontent du fond des mers.
    Ce sont celles d’enfants, de leurs frères, de leur père,
    Celles de leur mère, qui crient ton nom !
    Comme des damnés de la mer.
    Comme des damnés.

    II-COUPLET
    Nous ne sommes plus des étrangers,
    Après avoir tant commercé.
    Pourquoi vouloir
    De vos frontières
    Nous bouter hors, (or) n’est-ce pas là
    Une (qu’une) chimère !?

    II-Refrain
    Écoutez-bien nos voix, qui remontent du fond des mers.
    Ce sont celles de gens, qui vous ont accueillis,
    Souvent aimés, et qui vous ressemblent !
    Comme des damnés de la mer.
    Comme des damnés.

    III-COUPLET
    N’ayons pas peur, nous, gens de bien. (biens).
    Aucun danger ne nous guète.
    Ne craignons rien.
    A nous les Bienfaits
    De la colonisation !
    Et la (là,) fin positive
    De cette discrimination !

    III-Refrain
    Écoutons-bien ces voix, qui remontent du fond des mers.
    Ce sont celles de gens, qui nous ont accueillis,
    Souvent aimés, et qui nous ressemblent !
    Comme des damnés de la mer.
    Comme des damnés.

    IV-COUPLET
    Ne soyez pas trop regardants.
    Si nos barques sont vides, désespérément [ou (vides de présents)]
    Ce n’est pas par peur
    Qu’elles chavirent,
    C’est que nous n’avons rien,
    Vraiment plus rien à offrir.

    IV-Refrain
    Écoutez-bien nos voix, qui remontent du fond des mers.
    Ce sont celles de nos enfants, voisins, amis,
    Ou ennemis, qui crient vos noms !
    Comme des damnés de la mer.
    Comme des damnés.

    Ce sont celles de nos frères,
    Et celles de nos sœurs car,
    Il n’y a pas d’étranger sur cette terre !

    Ce sont celles de ceux,
    A qui courageusement,
    La panse repue, on crie : « Sauve qui peut ! »

    Elles ont brisé leurs chaînes,
    Comme elles briseront nos murs
    De honte qui tomberons tous en chaine !

    Elles hanteront nos nuits,
    Comme elles hanteront nos jours,
    Qui désormais ne seront que trop courts !

    Elles ont en pot pourris,
    Chanté hymnes nationaux,
    Comme des enfants de nos patries !

    Elles ont fourni nos bataillons
    Comme de bons tirailleurs
    Et beaucoup ont péri comme chair à canon !

    Écoutons bien ces voix,
    Huu, Huu, Huu,
    Celles des damnés,
    Celles des damnés,
    Celles des damnés de la mer !
    ——————————————————

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  2. Jean Sarkozy se lance dans les courts métrages !
    Il veut rester anonyme mais c’est difficile quand on s’appelle Jean Sarkozy !! 🙂

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  3. -AVE césaire http://www.youtube.com/watch?v=Dvb_PhwwtPs
    -remerciement positifs
    -Disours sur le colonialisme http://www.youtube.com/watch?v=GHbiBg6JZ2U
    ———————————————————————————————-
    CÉSAIRE AU PANTHEON – BELLE EPITAPHE !

    AVE CÉSAIRE !
    « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante »! Sans doute ! Sans doute !
    Brassens disait que « Les morts sont tous de braves types ! », dénonçant ainsi avec ironie, l’hypocrisie humaine, celle qui nous pousse à vouloir honorer après avoir combattu, parfois à mort.
    Mais, en l’occurrence Aimé CÉSAIRE l’était. Brave, et même davantage !
    Et bizarreries de la vie, de la nature humaine, ce ne sont pas ceux qui, à juste titre, l’honorent aujourd’hui 6 avril 2011, trois ans après sa mort, qui l’ont le plus épargné ou reconnu.
    ———
    De SECHOU : Auteur compositeur interprète, conteur. sechou@9online.fr
    —————————————————————–

    Que tous ces gens se gardent d’en faire trop ! Qu’ils se souviennent que, Qui embrasse trop mal étreint, n’est-il pas vrai !?
    Ce ne sont certes pas non plus, ceux qui sont fondamentalement, idéologiquement, politiquement, orgueilleusement, petitement contre toute repentance, (on suivrait sans peine mon regard), qui sont les plus qualifiés pour faire authentiquement amende honorable.
    Ainsi va la vie, et on ne refait ni le Monde, ni l’Histoire.

    Mais que l’on ne s’y méprenne pas, l’Histoire saura égrainer, pour les rappeler à nos enfants, les noms de ceux qui récupèrent comme de ceux qui pleurent sincèrement; de ceux qui honorent comme de ceux toujours prompts à se montrer à la moindre, et en toute occasion.

    Pour ma part, je verrai le spectacle à la télévision, blotti dans mon fauteuil, avec, comme CÉSAIRE, à n’en point douter, un sourire amusé, en cette soirée de printemps. Loin, très loin de ce beau monde ! Ce monde-là, sans lequel, en dehors duquel, beaucoup ne se sentiraient pas exister. Ils en sont encore là, nombreux à ne pas savoir distinguer l’être du paraître.

    Puis, j’irai pour la énième fois, répéter le spectacle que j’aurai l’honneur de donner en la mémoire d’Aimé CESAIRE, le 17 avril à Andeville dans l’Oise à partir de 17h00. Un spectacle donné au profit de l’association humanitaire, Le Cercle des mains tendues, qui a vocation à venir en aide aux plus démunis. lecercledesmainstendues@neuf.fr

    J’irai répéter mes chansons de négritude, peaufiner la mise en scène des extraits du Discours sur le colonialisme et surtout, fignoler l’adaptation de ce texte, ô combien décapant de Nicolas BRIMO, journaliste au Canard enchaîné. Il s’agit de son article paru au moment des obsèques de CESAIRE, à la Martinique, notre île natale. Ce texte a pour titre AVE CESAIRE, il a donné son nom au spectacle. Que l’auteur en soit ici remercié pour m’avoir donné son autorisation spéciale.

    Lorsque, ce 6 avril 2011, on aura vu et écouté M. Nicolas SARKOZY, Président de la République française, lorsqu’on aura vu et entendu les commentaires sans doute éclairés et inspirés des deux journalistes de France 2 et de France Ô, on ne sera pas trop inspiré d’aller me voir dire ce texte, qui, je vous le garantie, viendra en contrepoint, aider à mettre les choses en perspective. Car souvent il convient d’avoir un peu de recul face aux événements.

    A vous, qui m’avez fait l’honneur de me lire jusqu’ici, je m’en vais faire deux présents :
    1)- Moi, qui chante maintenant depuis plus d’une trentaine d’années, des chansons qui parlent autrement de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane, de la Réunion, mais également des damnés de la terre,
    -Moi que l’on n’a pas invité sur FRANCE 2, la télévision nationale, celle-là même où pendant près de vingt ans, prononcer son nom (celui de Césaire) était pratiquement interdit, alors même que l’une des présentatrices de l’émission me connaît pour avoir tourné un reportage « negzagonal » dans lequel je suis présent, principalement comme magistrat mais également en tant qu’artiste,
    -Moi, qui ne suis jamais invité, ni à RFO, ni à France Ô et encore moins à TROPIC FM où j’ai animé une émission pendant plusieurs années, je vous offre d’abord ici deux extraits de chansons de G. BRASSENS :

    LA MAUVAISE REPUTATION (G.Brassens)

    Au village sans prétention,
    J’ai mauvaise réputation ;
    Qu’je m’démène ou que je reste coi,
    Je passe’ pour un je-ne-sais-quoi.
    Je ne fais pourtant de tort à personne,
    En suivant mon ch’min de petit bonhomme ;
    Mais les brav’ gens n’aiment pas
    L’on suive une route qu’eux…
    Non, les braves gens n’aiment pas que
    L’on suive une route qu’eux …
    Tout le monde médit de moi,
    Sauf les muets, ça va de soi.
    LE PLURIEL (G.Brassens)

    Je suis celui qui passe à côté des fanfares
    Et qui chante en sourdine un petit air frondeur.
    Je dis à ces messieurs que mes notes effarent :
    «Tout aussi musicien que vous, tas de bruiteurs !»
    2) – Je vous invite ensuite à regarder en vidéo, un extrait d’une répétition de mon spectacle « AVE CESAIRE ». C’est l’interprétation de l’adaptation que j’ai faite du texte de Nicolas BRIMO.

    Voici donc, loin des fanfares et des flonflons, de la musique qui marche au pas et qui ne me regarde pas, loin des discours officiels et des petits fours, loin du gratin du tout Paris, des Antilles et d’ailleurs, pour vous, VOUS SEUL, et pour quelques temps seulement, cette vidéo. Cliquer sur AVE CÉSAIRE !

    Séchou
    sechou@9online.fr

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  4. Pourquoi les enferme-t-on dans ce endroit froid et sans vie . Aurait-on peur qu’ils s’échappent et nous encouragent à nous relever.
    Je ne sais pas pourquoi mais cette nouvelle m’attriste.

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