Le Guano, sans le i (ou « du respect que je dois à un caca d’oiseau sarkozyste »)…

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Alors que je roulais tranquillement vers le chemin de la cantine, l’esprit serein et le sourire aux lèvres comme celui qui sait qu’il va manger à sa faim en agréable compagnie (pas de fausses idées : des collègues avec lesquels je me sens bien, voilà tout) j’ai soudain entendu Mr Guaino se répandre comme à son accoutumée de tout le mépris qu’il a pour les trois-quarts de l’humanité en général, , et des contradicteurs du gouvernement auquel il n’appartient même pas en particulier, lors de son interview sur France-Info ce matin.

Dans un contexte plus que tendu où l’image de la France en prend un coup, comme cela n’échappe plus à la quasi-totalité des observateurs étrangers ou intérieurs, qui s’accordent sur le diagnostic, qu’a d’ailleurs rendu public un mystérieux collectif au nom évocateur de….rien du tout, puisque c’est le café où ils se sont réunis (ce groupe « Marly » a publié une tribune sur Le Monde hier, voir ici), Mr Le Conseiller au nom de caca d’oiseau sans le i trouve opportun de répondre par l’insulte, la commisération, et le jet d’huile sur le feu dans lequel le gouvernement qu’il soutient excelle décidément, en parlant d’ « un tract anonyme et politique de jeunes ambitieux ou de retraités aigris ».

Il m’a donc semblé intéressant de vous faire partager ici le texte incriminé, dont chacun pourra constater la nature, les enjeux exprimés, les arguments (à mon sens objectifs on ne peut plus) et le caractère ( faussement) polémique attribué par Mr Guaino, dans la mesure où il ne fait pas que dénoncer, mais également analyser, argumenter et proposer (Source : Le Monde du 22.02.2011, article intitulé : « La voix de la France a disparu dans le monde« )

Un groupe de diplomates français de générations différentes, certains actifs, d’autres à la retraite, et d’obédiences politiques variées, a décidé de livrer son analyse critique de la politique extérieure de la France sous Nicolas Sarkozy. En choisissant l’anonymat, ils ont imité le groupe Surcouf émanant des milieux militaires, dénonçant lui aussi certains choix du chef de l’Etat. Le pseudonyme collectif qu’ils ont choisi est « Marly » – du nom du café où ils se sont réunis la première fois. Ceci est leur premier texte public.

La manœuvre ne trompe plus personne : quand les événements sont contrariants pour les mises en scène présidentielles, les corps d’Etat sont alors désignés comme responsables.

Or, en matière diplomatique, que de contrariétés pour les autorités politiques ! A l’encontre des annonces claironnées depuis trois ans, l’Europe est impuissante, l’Afrique nous échappe, la Méditerranée nous boude, la Chine nous a domptés et Washington nous ignore ! Dans le même temps, nos avions Rafale et notre industrie nucléaire, loin des triomphes annoncés, restent sur l’étagère. Plus grave, la voix de la France a disparu dans le monde. Notre suivisme à l’égard des Etats-Unis déroute beaucoup de nos partenaires.

Pendant la guerre froide, nous étions dans le camp occidental, mais nous pesions sur la position des deux camps par une attitude originale. Aujourd’hui, ralliés aux Etats-Unis comme l’a manifesté notre retour dans l’OTAN, nous n’intéressons plus grand monde car nous avons perdu notre visibilité et notre capacité de manœuvre diplomatique. Cette perte d’influence n’est pas imputable aux diplomates mais aux options choisies par les politiques.

Il est clair que le président n’apprécie guère les administrations de l’Etat qu’il accable d’un mépris ostensible et qu’il cherche à rendre responsables des déboires de sa politique. C’est ainsi que les diplomates sont désignés comme responsables des déconvenues de notre politique extérieure. Ils récusent le procès qui leur est fait. La politique suivie à l’égard de la Tunisie ou de l’Egypte a été définie à la présidence de la République sans tenir compte des analyses de nos ambassades. C’est elle qui a choisi MM. Ben Ali et Moubarak comme « piliers sud » de la Méditerranée.

Un WikiLeaks à la française permettrait de vérifier que les diplomates français ont rédigé, comme leurs collègues américains, des textes aussi critiques que sans concessions. Or, à l’écoute des diplomates, bien des erreurs auraient pu être évitées, imputables à l’amateurisme, à l’impulsivité et aux préoccupations médiatiques à court terme.

Impulsivité ? L’Union pour la Méditerranée, lancée sans préparation malgré les mises en garde du Quai d’Orsay qui souhaitait modifier l’objectif et la méthode, est sinistrée.

Amateurisme ? En confiant au ministère de l’écologie la préparation de la conférence de Copenhague sur le changement climatique, nous avons abouti à l’impuissance de la France et de l’Europe et à un échec cuisant.

Préoccupations médiatiques ? La tension actuelle avec le Mexique résulte de l’exposition publique d’un dossier qui, par sa nature, devait être traité dans la discrétion.

Manque de cohérence ? Notre politique au Moyen-Orient est devenue illisible, s’enferre dans des impasses et renforce les cartes de la Syrie. Dans le même temps, nos priorités évidentes sont délaissées. Il en est ainsi de l’Afrique francophone, négligée politiquement et désormais sevrée de toute aide bilatérale.

Notre politique étrangère est placée sous le signe de l’improvisation et d’impulsions successives, qui s’expliquent souvent par des considérations de politique intérieure. Qu’on ne s’étonne pas de nos échecs. Nous sommes à l’heure où des préfets se piquent de diplomatie, où les « plumes » conçoivent de grands desseins, où les réseaux représentant des intérêts privés et les visiteurs du soir sont omniprésents et écoutés.

Il n’est que temps de réagir. Nous devons retrouver une politique étrangère fondée sur la cohérence, l’efficacité et la discrétion.

Les diplomates français n’ont qu’un souhait : être au service d’une politique réfléchie et stable. Au-delà des grandes enceintes du G8 et du G20 où se brouillent les messages, il y a lieu de préciser nos objectifs sur des questions essentielles telles que le contenu et les frontières de l’Europe de demain, la politique à l’égard d’un monde arabe en révolte, nos objectifs en Afghanistan, notre politique africaine, notre type de partenariat avec la Russie.

Les diplomates appellent de leurs vœux une telle réflexion de fond à laquelle ils sauront apporter en toute loyauté leur expertise. Ils souhaitent aussi que notre diplomatie puisse à nouveau s’appuyer sur certaines valeurs (solidarité, démocratie, respect des cultures) bien souvent délaissées au profit d’un coup par coup sans vision.

Enfin, pour reprendre l’avertissement d’Alain Juppé et d’Hubert Védrine publié le 7 juillet 2010 dans Le Monde « l’instrument [diplomatique] est sur le point d’être cassé ». Il est clair que sa sauvegarde est essentielle à l’efficacité de notre politique étrangère.

Nul doute que Mr Guaino ne se soit senti directement visé par la lecture du passage «  où les « plumes » conçoivent de grands desseins, où les réseaux représentant des intérêts privés et les visiteurs du soir sont omniprésents et écoutés »… C’est bien lui : même moi qui lui suis si étranger, je le reconnais tout à fait lisiblement…

Et son crachat de ce matin n’invalide aucunement la position que je trouve personnellement bien plus respectable que la sienne d’individus manifestement concernés, impliqués, et motivés par l’action et l’idée de donner une autre image de la France. Je ne puis qu’y souscrire, même si, probablement, politiquement, nous divergeons. Car je me reconnais mieux là dans leur souci de l’intérêt public, que dans celui, plus élitiste et méprisant, d’un Guaino ou d’un Sarkozy qui ne représentent que des intérêts personnels et particuliers… En un mot, privés. Même de bon sens populaire.

 

PS. Une petite devinette pour terminer : devinez (sans cliquer sur le lien qui suit  dans un premier temps sinon c ‘est pas du jeu !) qui est le chef de la mission « Union pour la méditerranée » ?

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