Une autre gauche est possible

Un débat qu’il est bon…

 Fidèle à l’un de mes rendez-vous quotidiens, je me rendais sur le réseau social de l’autre gauche lorsque je suis tombé sur cette conversation, dont j’ai lu attentivement l’ensemble des contributions.

 Et voilà que j’ai découvert ce petit bijou qui,  ma foi,  il faut le dire et l’écrire,  a de la gueule, tant il me semble lever un lièvre conséquent : l’utilité des contre-pouvoirs pour la préservation de la démocratie. Nous en voyons bien en ce moment  (et notamment suite à l’absence de débat sur la réforme des retraites) la douloureuse insuffisance  – d’autres plus sévères diraient l’absence – aujourd’hui… en Sarkozie.

 Je ne résiste donc pas à l’envie impérieuse de vous le voir partager, tant il me semble intéressant, en vous invitant à vous joindre bien volontiers à notre petite discussion, que je voudrais voir, dans mes rêves les plus fous (je ne m’interdis pas de rêver, moi…) supplanter d’autres débats plus… identitaires  (Le Pen, ta France n’est pas la mienne !) et bien moins subversifs pour les pouvoirs bipartites en place…

 

   Doxine   @ freelandz

Je ne fais confiance ni à Mélenchon ni à quiconque. Besancenot, Artaud, qui vous voulez. Le pouvoir est une drogue dure, la popularité rend fou. La personne la plus sincère et la mieux intentionnée, la plus démocrate avec de bonnes raisons personnelles de l’être peut user puis abuser du pouvoir, de la popularité, des privilèges que d’autres lui proposent. Nul n’est incorruptible. Relire l’histoire de la révolution française (celle de 1789). Une fois passé par tous les combats contre les nobles, le clergé, les bourgeois, les opposants, les mous, les adversaires des pays voisins, on passe à la guillotine le peuple quand il s’oppose.

La seule possibilité est de cadrer le pouvoir en permanence, par des contre-pouvoirs. Et comme le proclame chaque semaine le canard enchaîné pour la liberté de la presse, elle ne s’use que lorsqu’on ne s’en sert pas.

La difficulté est donc de concevoir à l’avance des contre-pouvoirs efficaces, puis de ne pas les laisser aux mains des spécialistes. La condition est que le peuple s’en mêle, et pas seulement quand ça dérape, mais au long cours. C’est par exemple le boulot des syndicats, des associations, des journalistes, des magistrats. Cependant ça ne suffit pas. Quand on constate le peu de courage des parlementaires de l’UMP, alors même qu’ils ne sont pas d’accord parfois, pour s’opposer à leur propre camp ! Ne parlons pas des centristes, qui votent systématiquement toutes les lois que par ailleurs ils disent ne pas approuver. De rares socialistes votent autrement que leur groupe parlementaire, au parlement européen, mais pour combien qui suivent la pente du néolibéralisme à tout coup ? Il s’agit forcément d’un effet de groupe. Un parti, comme toute société, favorise la cohésion, le suivisme. Le vote démocratique des orientations, la désignation des représentants, tout cela même à bulletin secret, ne garantit pas que chacun soit à même de s’informer, de se faire une opinion et d’être en mesure de la défendre. Car pour cela il faut certes du courage, mais il faut aussi une bonne dose de connaissances, de compréhension des tactiques, de capacités d’expression pour convaincre les pairs. La plupart des citoyens sont influençables, faute de temps et d’entraînement à la critique. Ajoutons l’effet de masse, l’effet de répétition, et le tour est joué.

La gauche de combat a ceci de spécifique que ses militants sont formés : à l’histoire, à la philosophie, à la lecture, à la discussion, à l’écoute critique, à la mémoire des luttes, à l’enchaînement  des situations, à forger des contre-propositions, etc… On y trouve moins de moutons qu’ailleurs. Alors pourquoi pas tous les autres ? C’est d’éducation populaire que nous avons besoin. La démocratie sera sinon illusoire, car le peuple sera dans l’incapacité d’exercer son libre-arbitre, individuel et collectif. Quelque soit le programme, l’équipe, le porte-parole. Y compris et d’abord vis-à-vis de son propre parti.

Mais toutes ces précautions ne doivent pas empêcher d’agir. En se faisant confiance mutuellement, parce qu’on pense mieux à plusieurs. Et je trouve que la période que nous vivons commande d’agir, et pas dans deux ans. Il me semble que les expériences de terrain nous donnent autant à espérer qu’à douter. Nous sommes adultes, une orientation des uns et des autres vers l’union de nos forces ne signifie pas l’abandon de ce que nous sommes chacun. Mais peut-être sa réalisation.

 

Bravo, Dioxine. Voilà un bon texte,  qui donne envie de débattre. Et de nous réconcilier avec la politique, dont nous nous faisons certainement, ensemble, une idée certainement bien plus haute que celle qui se donne en spectacle actuellement… La politique ne devrait-elle pas être là pour permettre aux citoyens de vivre, construire et dialoguer ensemble ? Ne devrait-elle pas être là avant tout pour défendre l’intérêt collectif et non une somme de petits intérêts individuels, comme nous pouvons le constater un peu partout, à droite comme à gauche, ce qui ne peut que donner envie au commun des mortels de s’en désintéresser…. Au profit de qui, dites le moi ?

Résistance ! à la résignation…

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2 réflexions sur “Une autre gauche est possible

  1. Alain Etchegoyen
    « La démocratie, malade du mensonge »

    La démocratie est le plus beau et le pire des gouvernements car, dans toutes les typologies, c’est le seul qui n’existe pas effectivement. La tyrannie, l’oligarchie, l’aristocratie, la monarchie s’affirment sans scrupules. Leur dénomination est un constat. La démocratie, elle, est atypique. On la critique toujours, car la réalité vécue n’est jamais conforme à son concept (30).

    La démocratie est plus une exigence qu’une réalité. Il faut le savoir et le dire pour ne pas désespérer de la chose politique, pour continuer à s’en enthousiasmer (31).

    Les politiques passent de moins en moins de temps à gouverner et de plus en plus de temps à paraître gouverner, c’est-à-dire manifester leur présence (39).

    […] Dès lors, le responsable [débordé par les occupations] ne peut plus répondre de rien : chaque mandat qu’il reçoit du peuple ou du gouvernement le conduit à feindre la compétence, à lire ce que d’autres ont écrit. Tel est ce mensonge du pouvoir qui prétend pouvoir ce qu’il ne peut pas, représenter des citoyens dont il ne peut s’occuper et diriger une administration qu’il est contraint d’ignorer (40).

    Le problème essentiel de la démocratie réside dans la négation même de sa propre essence : les politiques y mentent plus qu’ailleurs tant ils veulent se dire près du peuple et dissimuler leurs occupations (41).
    […] paradoxe : les priorités ne sont pas hiérarchisées en fonction des intérêts du peuple ; c’est la presse, ce sont les médias qui les ordonnent aujourd’hui (41-42).
    Plus qu’ailleurs, en démocratie, la vérité du politique est difficile à formuler (43).

    On peut regretter que les politiques n’agissent et ne réagissent que par médias interposés, mais Tocqueville le prédisait déjà : seules les associations et la presse peuvent garantir la démocratie.
    Notre démocratie devient une MEDIACRATIE, pour reprendre la juste expression de F.-H. de Virieu et de B. Poirot-Delpech (46).

    Sous la pression des urgences médiatiques, les décisions sont prises en pleine publicité. Puis il faut passer à d’autres. Et les cabinets se désintéressent du temps effectif de l’opération (48).
    Les politiques, au fil du temps, deviennent souvent insensibles à la morale. Sauf si la morale est une image ; elle s’évalue alors en fonction de l’image (49).

    En démocratie, une bonne partie des actions décidées par les états-majors ont pour but d’occuper les militants, de leur donner des actions qui soient des raisons d’exister (53).

    […] l’action politique est beaucoup plus complexe que la guerre, car les champs de bataille s’y démultiplient sans cesse (57).

    Il faut ajouter à cela, pour bien la distinguer de la guerre, que l’action politique est, de plus, en grande partie subordonnée à la communication. Les détours médiatiques multiplient infiniment ce que les actions pourraient parvenir à intégrer. Il nous reste le spectacle d’actions incohérentes dont nous ne comprenons pas tout, et de discours divers qui s’adressent tantôt à la majorité, tantôt aux alliés, tantôt à l’opinion, à travers le prisme de médias qu’on ne parvient pas toujours à contrôler avec la précision suffisante : d’où les rectificatifs, les bémols, les informations qui obscurcissent de plus en plus actions et propos. Démentis et mensonges sont deux faces d’un même processus (58).

    […] une difficulté de la démocratie : le temps de nos hommes politiques est accaparé par le souci du pouvoir (58).

    Ce qui compte c’est encore l’image ; c’est elle qui détermine tous les actes (61).

    Le corrompu est un homme moralement pire que le corrupteur car il met en jeu des vices infiniment plus dangereux. Le corrupteur est face à un marché; le corrompu développe le chantage, la paresse et le mensonge, comme l’a bien montré Alain Cotta. Il est plus facile de gagner de l’argent sans travailler que de militer pour accroître son nombre d’adhérents cotisants (63).

    Dans les régimes autoritaires et dictatoriaux règne souvent la corruption, mais le cycle en est court : on achète un pouvoir avec de l’argent pour en gagner plus ; le corrompu s’enrichit de son pouvoir tandis que le corrupteur investit. Dans la démocratie, le cycle est identique du côté du corrupteur mais plus complexe du côté du politique corrompu, car les jeux de l’argent et du pouvoir engendrent une sorte d’escalier qui mène à la gloire (65).

    La démocratie se contredit lorsque, pouvoir du peuple dans son concept idéal, elle privilégie ceux-là mêmes que le peuple a désignés pour le représenter (67).

    La politique doit être respectée dans la démocratie, mais c’est impossible si les hommes politiques ne se respectent pas entre eux (68).

    […] bien identifier ce qui menace notre démocratie. Or il me semble qu’elle est devenue incapable d’autocritique. Elle ne s’interroge plus sur sa propre essence mais sur son image. Elle regrette de mauvais effets, mais pas de mauvaises causes. Elle s’est habituée au mensonge comme à la condition indéterminée de ses actes, sans distinguer ce qui relève du nécessaire et ce qui la renvoie au pire. Elle papillonne dans ses leurres (69).

    Aucun Etat ne pourra jamais se passer de diplomatie ni d’espionnage : le mensonge y est une vertu première, fonctionnelle, ce n’est pas un enjeu fondamental pour la démocratie (70).
    La lucidité conduit souvent au pessimisme (72).

    Notre pays voudrait que cessent les leurres. Il a beau les constater, chaque fois il fait confiance. Et pourtant, tous les programmes sont des leurres. Il est étonnant que les raisons en soient si claires et leur répétition si flagrante (73).

    Chacun sait, dans la sphère politique, que, avec quelques unités au delà des 50 pour cent, il est impossible d’agir comme si toute la nation était derrière soi. il est même essentiel au fonctionnement de la démocratie que la minorité soit prise en compte… (74)

    […] une fois au pouvoir, le parti qui a gagné les élections ne respecte plus qu’un ordre microcosmique. La hiérarchie des priorités n’a aucun rapport avec celle des urgences : il s’agit avant tout de résoudre les problèmes internes du mouvement au pouvoir, de remplir des missions symboliques ou de marquer immédiatement sa différence par rapport au pouvoir vaincu. C’est pourquoi l’alternance s’accompagne toujours de gadgets divers qui sont autant de leurres pour l’opinion (75).

    Le désir du pouvoir masque souvent la réalité effective de celui-ci. Très ignorants des limites mêmes de toute action politique, fût-elle inspirée par un ministre, ces hommes refusent de voir que leur pouvoir est bien plus étroit qu’ils ne le pensaient avant d’accéder à leur poste. Heureusement il leur reste les médias pour satisfaire leur narcissisme. Les plus lucides voient très vite que le pouvoir obtenu n’est rien à côté du pouvoir médiatisé, que l’un s’épuise vite si l’autre ne prend le relais (78).

    Jamais les politiques ne reconnaissent une erreur devant le peuple, et encore moins une faute. Tout juste arrive-t-on à reconnaître qu’une mesure n’a pas été bonne parce qu’elle a été impopulaire ou que les Français ne l’ont pas comprise… (79).

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