Jospin en Narcisse, ou la défaite de la pensée

Jospin, la défaite de la pensée par la contradiction de l’action…


«Il ne faut pas tout attendre de l’État.» [ Lionel Jospin ]

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Il est venu jouer les Matamore d’une manière éhontée sur le plateau télé de Ruquier hier soir, à l’occasion de la sortie de son livre, dont pour la plupart nous nous fichons royalement et que nous ne lirons pas.


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Nous avons eu droit bien évidemment lors de cette délicieuse soirée à la question tant attendue sur son passé trotskyste qui ne parvient même plus à le mettre en défaut tant elle est éculée.

Perché sur son trône de Premier Ministre comme un perroquet à perruque poudrée de l’ancien régime, autrefois, il fut lisse, fade, froid, sans émotion, sans états d’âme, sans affects et sans cris. Il incarnait la plus pure tradition du politiquement (trop) correct. Jamais un mot plus haut que l’autre, aucun éclat, pas de saillies drolatiques, juste la plus pure démarche de l’esprit – que dis-je – de l’intellectualisme et de la politique version technocratique, qui n’avait de protestant que la seule religion. Autrement dit, le charisme d’une huitre.

Pourtant, ce soir là, aucun méa culpa, aucune contrition dans ce personnage qui vient en toute décontraction nous faire le coup du « coucou c’est moi que v’la ! » sans la moindre pudeur, alors qu’il a (rien qu’à mes yeux ?) tant failli…

Je replonge dans les archives et je trouve ceci, qui entre tant en cohérence, comme un écho, à mes propres perceptions du phénomène :

Lautrec redoutait l’’évolution de Lionel, ce processus chimique qui rendait Jospin conforme à ce qu’’il était devenu: un social-démocrate. Un mitterrandiste. Un homme de pouvoir. De compromis. De trahison? Jospin parlait de politique, des idéaux qui ne changeaient pas, si les méthodes différaient. «Je suis le même», jurait Lionel Jospin à son ami, qui bientôt ne le croirait plus. (in Le nouvel Obs).

Aujourd’hui, Lionel raconte Jospin et la boucle est bouclée… Narcisse vient se mirer dans l’eau de notre écran plat et se trouve si beau… sans avoir rien compris. Spectacle pitoyable et désolant de la fatuité politique déclinante, accentuée par l’orgueil et le quant-à-soi.

Il n’y aurait en effet que lui, bien le seul aujourd’hui, pour ne pas voir à quel point sa crédibilité est quelque peu sujette à caution : « mon projet n’est pas socialiste » avait-il tant martelé avant l’élection présidentielle de 2002, histoire de rassembler plus loin que son seul camp, par delà cette gauche qui déjà n’en avait plus que le nom… Est-ce parce qu’il était si peu socialiste que nous avons pu connaître l’effroi de voire apparaître la trogne hideuse de ce borgne qui nous insupporte, nous autres vigilants ? Terrible séïsme politique toujours pas digéré…


Par delà son assurance stupéfiante, il commit une erreur fondamentale, tant il est vrai qu’il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué… Je reprends ici même quelques échanges que nous avons eus entre blogueurs sur twitter cette nuit :

« Jospin fût tellement sûr d’être élu au second tour, qu’il en a oublié le premier, et inverse le calendrier électoral. Top winner je vous dit. (Dagrouik, sur Twitter) »

Et le voilà aujourd’hui qui parade en bellâtre éhonté… Suis-je le seul à ne voir là que de l’aveuglement quant à sa défaite ? Certes pas… :

Notre amie Cycee déclare ainsi @ Mancioday : « je crois que ça a renforcé l’idée que la gauche et la droite c’est pareil et que seuls les extrêmes offrent des alternatives. ». Je ne suis pas loin de penser la même chose, et trouve sur ce coup là cette personne bien plus perspicace que certaines gens qui font profession d’analyse politique méthodique et rigoureuse. Manifestement, il n’est point besoin de s’enrober des atours du sens critique hypertrophié pour toucher au cœur de la vérité.

Allez, je ne résiste pas au plaisir de vous en remettre une autre, pour la route :

@Mancioday : est-ce que ça n’a pas seulement rendu les contours et les frontières politiques plus floues ? By @Cycee…

Cela me fait penser, en y réfléchissant bien qu’effectivement, à la suite du Mitterand vieillissant et malade, Jospin (en savoir plus ici) fût l’un des vecteurs qui nous conduisit à Besson. Et c’est bien pour cela que je me suis toujours évertué à tenter de convaincre que le fait de présenter ce dernier comme un traître au PS était certes commode, mais un peu court. Car nous sommes nombreux à penser que Jospin et ce genre de lignée politique ont fait un grand tort au positionnement de la (vraie) gauche. Comment oublier par exemple qu’il a été l’artisan d’une série de privatisations ou d’ouverture aux capitaux privés bien plus considérable que Sarkozy en personne ! Jugez sur pièces  : France Telecom, Thomson Multimédia, le GAN, le CIC, les AGF, la Société marseillaise de crédit, RMC, Air France, le Crédit lyonnais, Eramet, Aérospatiale-Matra, EADS Banque Hervet. Il déçoit également de nombreux sympathisants de gauche à propos de l’usine Renault de Vilvoorde en Belgique…

Comme pour illustrer mon propos qui n’a rien de gratuit, au cours de l’émission que nous suivons en direct, nous sommes plusieurs que cela choque : « Lionnel Jospin épargne Besson au nom des « amitiés passées ». » (Mancioday )

Aussi, je laisse le mot de la fin à notre jeune ami blogueur, qui m’a hier avoué, comme cela est truculent, qu’il se situait entre Orwell et Chomsky :

«  Que penserait le jeune Jospin trotskyste du vieux Jospin social-démocrate ? » (by @Edelihan)

Qu’il a vendu son âme au diable ?

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Post-scriptum : La seule chose que je lui accorde : «Ne pas défendre les 35 heures dénote une faiblesse de caractère». Effectivement…